Murène, roman de Valentine Goby paru chez Actes Sud

Re-naissance

Murène, roman de Valentine Goby paru chez Actes Sud - Zibeline

Ce sont les épreuves du 100 mètres dos masculin des Jeux paralympiques de 2016 et la médaille d’Or du chinois Tao Zheng qui ont déclenché l’admiration puis la réflexion de Valentine Goby sur le handicap et notre rapport à la norme. Il n’en fallait pas moins à sa perspicacité pour se lancer dans des recherches auprès de spécialistes et à son talent pour imaginer le personnage de François Sandre, ceux de sa famille et ses amis, et nous plonger dans un récit captivant et émouvant. François, beau garçon de 22 ans, un mètre quatre-vingt-dix, est électrocuté sur une caténaire au cœur des Ardennes au cours du glacial et catastrophique hiver 56. Grand brûlé, sauvé par miracle, il est amputé des deux bras au-dessus de l’épaule, ce qui est presque impossible à appareiller dans ces années cinquante où les techniques ne sont pas encore très avancées. Rétabli mais sans avenir, et souffrant d’une amnésie des derniers mois précédent l’accident, François est tenté par le suicide. Cependant une infirmière l’aide à survivre, puis ses parents, et sa jeune sœur.

C’est une visite à l’aquarium de Paris qui éclaircit son horizon : une murène le regarde de l’autre côté de la vitre. Il décide de nager comme elle et commence des cours à la piscine le soir quand elle est vide. Reprenant peu à peu confiance il fait preuve d’imagination pour trouver un peu d’autonomie, s’inventer une nouvelle vie grâce à des outils astucieux, des vêtements adaptés et ses contacts avec d’autres handicapés. Valentine Goby nous a habitués déjà à ces personnages résistant aux épreuves, en quête de reconstruction, animés d’un bel amour de la vie. Elle se lance à corps perdu dans ce récit et nous la suivons, haletants. Car le rythme des phrases est celui d’un souffle court, celui de l’urgence. Les mots sont ceux de l’amour d’une mère, de la tendresse d’une sœur, de l’affection d’un père. Elle alterne dialogues incisifs et monologues intérieurs, intervient quelquefois dans le récit pour expliquer sa démarche : « J’écris sur le pari de vivre », dit-elle. Un bel exemple de résilience.

CHRIS BOURGUE
SEptembre 2019

L’auteure sera présente aux Correspondances de Manosque

Murène
Valentine Goby
Actes Sud, 21,80 €