Vu par Zibeline

Le théâtre comme moyen détourné pour tenter de vivre ensemble

Radio thérapie

Le théâtre comme moyen détourné pour tenter de vivre ensemble - Zibeline

Là, maintenant, il y a des gens qui écoutent On traversera le pont une fois rendus à la rivière. Mathilde Maillard et Sébastien Vial (co-créateurs, avec Antoine Defoort et Julien Fournet), muets, au moyen de panneau messages qu’ils font défiler façon témoignage douloureux sur YouTube, nous expliquent que tout est radio-diffusé via Internet, que 17 auditeurs sont en ce moment même à l’écoute. Heureusement, la salle d’hTh est pleine, on se sent moins seuls. Mais, étrangement, le déséquilibre entre public présent et public invisible persiste tout au long de la pièce, qui s’adresse à ceux qui ne sont pas là : tout est fait pour qu’une interaction opère entre scène et ailleurs fantasmés, devant des spectateurs finalement laissés de côté. Le dispositif invite à une communion quasi spirituelle, autour de (petits) événements que les trois comédiens (avec Arnaud Boulogne) partagent avec la poignée d’auditeurs. Le public présent assiste à une pièce en différé. Quelque chose se passe, qui nous renvoie à notre condition de spectateurs, pendant que, peut-être, émotion et aventure pénètrent dans le domicile des 17 personnes qui se sont connectées ce soir sur le site de la Cie L’Amicale de production.

Mathilde, qui se fait appeler Brigade, tombe en panne. Il fait nuit, elle abandonne sa voiture, et tombe sur deux hommes qui émettent, comme autant de bouteilles à la mer, des sensations, des moments à vivre ensemble : une émission de radio. Tous les trois se livrent à des exercices d’auto suggestion pour pénétrer les intérieurs des auditeurs (« Il y a une plante à droite du canapé ? Oui ? Et à gauche, c’est la bibliothèque à CD ? Vous avez du Lou Reed ? »), qui répondent via leur ordinateur par « oui », « non », ou « heu… ». Entre transe (répéter 50 fois Brigade, pour que le mot prenne une allure poétique) et personnalisation des objets qui peuplent les espaces domestiques (« Plante est là, qui toujours te regarde et t’entend »), le spectacle approche quelque chose de nos moyens détournés pour tenter de vivre ensemble. D’ailleurs, les buches électriques s’allument : ce sont les auditeurs qui sont intervenus. Jouer à avoir froid. Jouer à se faire réchauffer par des spectateurs invisibles. On dirait que c’est du théâtre.

ANNA ZISMAN
Mars 2018

On traversera le pont une fois rendus à la rivière a été joué à hTh, Domaine de Grammont, Montpellier, les 8 & 9 février

Expérience à vivre via Internet lors de chaque représentation : s’inscrire sur ontraverseralepont.com

Photo : c Simon Gosselin


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Domaine de Grammont
34000 Montpellier
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