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Aux sources de The Roots, le hip-hop et les multiples influences du chorégraphe Kader Attou

Racines entrelacées

• 16 avril 2015⇒18 avril 2015, 12 mai 2015⇒13 mai 2015 •
Aux sources de The Roots, le hip-hop et les multiples influences du chorégraphe Kader Attou - Zibeline

Tout commence par le son crépitant d’un 45 tours. Un homme actionne le bras d’un vieux tourne-disque, en jaillit l’intro de Street Dance des Break Machine. Pour tous ceux qui ont des souvenirs des années 80 en France, les racines du hip-hop sont là. Le smurf, le sifflement de Street Dance et H.I.P. H.O.P., l’émission télé de Sydney, pour les frères et sœurs, tous les dimanches, à 14 heures.

The Roots, le spectacle de Kader Attou prend ce même point de départ. Par dérision ou par hommage, ou peut-être les deux. Assis dans un étrange fauteuil penché, l’homme arrête rapidement la musique. Son corps se met à s’animer, comme s’il ne le maîtrisait pas. Pris dans une transe robotique et urbaine. Derrière lui, dix autres danseurs entrent en chorégraphie. Tous sont en tenue de ville, pantalons et vestons assortis, chemises. Ils entament leur ballet de 90 minutes en mouvements perpétuels et virtuosité totale.

Danse de mélanges

« Qu’est ce que ma danse ? Qu’est-ce que mon hip-hop ? », s’est interrogé le chorégraphe, nourri de ses vingt ans de pratique. Sa danse est celle de ce collectif Accrorap. Onze danseurs, tous des hommes, choix assumé. « Je sais mieux chorégraphier les hommes que les femmes en hip-hop », expliquait-il en 2012, dans une interview à La Coursive. L’énergie commune de ces onze artistes est exceptionnelle. Les images de la chorégraphie le sont autant.

Les racines du hip-hop sont décortiquées, ses parentés aussi. Danse urbaine, danse de la machine, mécanique, danse ouvrière, à la chaîne. Danse de rue, danse de combat, art martial, guerrier du kung fu ou maître de taï chi. Danse acrobatique, proche du cirque. Contorsion, équilibre instable, qui jamais ne se brise, sauts virevoltants sur cette table d’intérieur bourgeois, transformée en trampoline. Danse de la danse. Claquettes, classique, contemporaine, musique douce, piano, violons, chansons, et ces hommes en costumes, légers comme des plumes. Danse de la fête, de la joie, du show, du dance-floor, du solo, stimulé par le groupe, le cercle, qui invective, provoque, défie et accompagne. La danse de Kader Attou est celle de tous ces mélanges, ces influences, cet entrelacs, cette sauce afroasiatique, améropéenne, humaine.

Comme le graff, qui est entré dans les galeries, le rap, qui s’est imposé dans les radios, le hip-hop aussi, est devenu académique. Contradiction, paradoxe, récupération ? Certains y ont perdu leur identité. Leurs racines. The Roots assume le processus. Il l’analyse, le met en lumière, en émotions, sans trahir ni la source, ni le fleuve qu’elle est devenue.

JAN-CYRIL SALEMI
Avril 2015

The Roots, de Kader Attou, par la compagnie Accrorap, a été joué du 16 au 18 avril au Merlan, à Marseille, et sera à voir les 12 et 13 mai au Théâtre de Grasse.

Photo : © Joao Garcia

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Théâtre de Grasse
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04 93 40 53 00
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Théâtre le Merlan
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13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/