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Éblouissant Nicolaï Lugansky à La Roque d’Anthéron

Rachmaninov for ever !

Éblouissant Nicolaï Lugansky à La Roque d’Anthéron - Zibeline

Il a commencé sa carrière à La Roque d’Anthéron se réjouissait le directeur du Festival international de piano, Jean-Pierre Onoratini. Quelle superbe prescience ! Aujourd’hui, Nicolaï Lugansky  est l’un des plus grands pianistes au monde et offre le bonheur de ses interprétations sous la conque du Parc de Florans, entre cigales de la fin du jour et grillons de la nuit. Après une première partie où se déclinaient les Saisons de Tchaïkovsky en extraits, les mois s’enlacent, chacun caractérisé par un trait propre, de Janvier au coin du feu à Août et ses moissons. Partition claire, dénuée d’accumulations acrobatiques, à laquelle succédaient quatre Mazurkas, (op.56 n°1 en si majeur, op.30 n°3 en ré bémol majeur, op.41 n°4 en la bémol majeur, op.50 n°3  en ut dièse mineur), élégance du jeu sur les thèmes inspirés des danses populaires… Puis la Polonaise-Fantaisie en la bémol majeur op.61 déroule ses volutes tristes, (l’histoire d’amour avec George Sand est finie), tendresse, gravité… la précision du jeu élégant et sûr de Lugansky se glisse avec aisance dans les différentes œuvres, nuancée, pertinente.

Mais c’est avec la partie consacrée à Rachmaninov, que le pianiste subjugue son public. Si le terme de prélude suggère un simple commencement,  chaque œuvre est une pièce conçue comme un tout, « une forme de musique absolue »(Rachmaninov). Les dix Préludes opus 23, suivis de trois pièces de l’opus 32 (6, 12, 13), tous composés entre 1873 et 1943, offrent leur riche palette leurs élans pittoresques, leurs emportements, leurs éclats impétueux, leurs assagissements, leurs pianissimi subtils, au virtuose qui en donne une lecture éblouissante. Finesse extrême pour chaque nuance, chaque variation, jeu bouleversant d’intelligence, de passion. L’artiste accorde en bis la lumineuse interprétation de Romance sans paroles de Mendelssohn, l’Étude n°10 de Chopin, à un tempo hallucinant, et la douceur du Chant d’automne (octobre) de Tchaïkovsky.  Époustouflante magie !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2017

Concert donné le 7 août, Parc du Château de Florans, dans le cadre du Festival international de piano de La Roque d’Anthéron.

Photographie © Christophe Gremiot