Vu par Zibeline

Somptueuse Chauve-souris à l'Opéra de Marseille

… qui se mange froid !

Somptueuse Chauve-souris à l'Opéra de Marseille - Zibeline

La Chauve-souris est l’histoire d’une vengeance qui, sous couvert d’amitié potache, est motivée par un sentiment d’humiliation profondément vécu. Du coup, la mascarade punitive imaginée par Duparquet, cette fête galante, cruelle, ce marivaudage aux pointes mozartiennes, fait froid dans le dos ! Elle aurait pu mal tourner si le livret d’origine n’avait été une… comédie. La Chauve-souris est aussi un prétexte à flonflons, valses et rengaines du fils Strauss, magnifiant l’esprit de fête et l’ivresse libertine. Autant d’ingrédients qu’on retrouve dans la coproduction présentée à Marseille pour le passage à 2017 ! Elle vaut par la qualité de la mise en scène de Jean-Louis Grinda, soulignant à propos le contraste d’apparat entre une bourgeoisie banlieusarde ridiculisée et une noblesse crépusculaire désabusée. C’est aux sources françaises de l’opus que l’homme de théâtre puise, ce soir de réveillon signé Meilhac et Halévy. Néanmoins, si l’action se focalise à Paris, c’est le « Monde d’hier » de Zweig et des Habsbourg qu’on conjugue, au passé, dans le marbre froid du décor du deuxième acte, si bien que les serpentins colorés de la fête peinent à égailler la valse.

Coté plateau, on jubile ! Emmenés par Jacques Lacombe, l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra donnent corps et âme à un show enluminé de danses qui mêlent habilement tutus et pointes classiques aux froufrous et écarts de cancan populeux (chorégraphie Eugénie Andrin). Jennifer Michel pétille en servante maîtresse, Anne-Catherine Gillet émeut dans son double-jeu de femme trompée/trompeuse, tout comme Marie Gautrot travestie en vrai/faux prince, ambigu par essence. Olivier Grand et Jean-François Vinciguerra forment un puissant et irrésistible duo de fêtards éméchés, Alexandre Duhamel est un maître d’œuvre élégant à l’image de Julien Dran qui conserve son chic dans sa caricature de ténor d’opéra. Estelle Dannière chante et danse à l’envi et Jean-Philippe Corre ou Carl Ghazarossian pimentent la farce… On n’oublie pas les techniciens et machinistes de l’Opéra qui, au prix d’une lecture brechtienne et sociale de l’œuvre, réalisent d’impressionnants changements de décors à vue.

JACQUES FRESCHEL
Janvier 2017

La Chauve-souris de Johann Strauss a été représentée à l’Opéra de Marseille les 29 et 31 décembre et les 3, 5 et 8 janvier

Photographie © Christian Dresse


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