Décevante «Fable pour un adieu» d'Emma Dante

Queue de poissonVu par Zibeline

Décevante «Fable pour un adieu» d'Emma Dante - Zibeline

La désillusion est d’autant plus grande que La Scortecata et Operetta burlesca d’Emma Dante nous avaient réjouis par l’équilibre parfait entre la bouffonnerie et le drame, la finesse de leurs propos. Si drôlerie il y a dans sa libre adaptation de La Petite sirène d’Andersen, Fable pour un adieu ne tient pas ses promesses. Pourtant ce n’est pas la première fois que la dramaturge et metteure en scène sicilienne écrit un « spectacle de variété », comme elle les nomme, à l’adresse du jeune public. Là, le grand écart entre son intention d’informer les enfants sur les questions de la vie et de la mort, le dépassement de soi, l’acceptation des différences, et la forme comico-théâtrale poussée à l’extrême nous laisse songeurs… et la métaphore sur les « vies perdues, infortunées, malheureuses » nous échappe !

Sur un plateau vide bien trop grand pour les trois acteurs, une sirène, une sorcière et un prince charmant interchangeables s’amusent bruyamment, ondulent, pirouettent, dansent et rient aux éclats. On tente d’imaginer une mer glacée, des corps frissonnants, et la terrible tempête qui va changer le cours de la vie de la petite sirène. Tombée en amour pour un naufragé, elle n’a plus qu’une obsession : se défaire de sa queue pour gambader sur la terre ferme et épouser son prince bien-aimé. On connaît la suite ! Le résultat ne convainc pas tant la diction en français est hésitante, le texte à peine audible, les chansons italiennes portées par un faible filet de voix, les chorégraphies approximatives étirées à l’extrême. L’irruption de la sorcière juchée sur des talons aiguille, en robe lamée et perruque blonde, ne change rien à la donne. Du conte initiatique annoncé il reste peu de choses, transformé en comédie carnavalesque (que vient donc faire la musique brésilienne ?) avec boule à facettes autour d’un scénario rebattu : le marivaudage. Fable pour un adieu avait pourtant bien commencé avec un premier tableau élégant et délicat comme Emma Dante a le secret, qui fait dire à l’une de ses héroïnes « je suis devenue sorcière parce que je n’ai pas pu aimer ». Pas sûr que les enfants s’en souviennent…

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2020

Fable pour un adieu a été donné le 28 janvier au Liberté, scène nationale Toulon

Photo : © Carmine Maringola

Théâtre Liberté
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