Vu par Zibeline

Questions de formes

 - Zibeline

Quel méli mélo que le spectacle de Christophe Honoré ! Avec sa durée annoncée de 1h45, puis 2h10, 3h15 passés à 3h45 au final, le spectacle se délite sans trouver son rythme, affirmant pourtant que la forme C’EST le sens… Alors de deux choses l’une : soit on admet que c’est ce qu’Honoré veut dire, qu’il admire vraiment l’écriture des nouveaux romanciers, et leur message. Auquel cas, puisque c’est la forme qui fait le sens, Nouveau Roman, farce potache et variétoch, nous dit que ce courant littéraire majeur est du toc. Soit Honoré réfute leur leçon, et présente malgré sa forme toc un message d’importance, qui passe paradoxalement malgré la forme (bien que ce message soit justement que la forme fait le sens…).

De fait le spectacle ne manque pas totalement d’intérêt : on y entend un splendide moment de la Route des Flandres, on y rappelle que l’écriture romanesque aujourd’hui est revenue à des formes convenues, on y entend un très bel échange entre Isabelle Huppert et Nathalie Sarraute, on y retrouve la Duras de Moderato Cantabile, et on nous montre que ce groupe n’a fait groupe que par opportunisme éditorial, révolte commune et non désir d’un roman commun.

Du théâtre documentaire donc, agréable, si ce n’est que les jeunes acteurs campent ces écrivains géants, et pas jeunes en 1959, comme une bande d’ados attardés refusant un monde réac, comme des soixante-huitards, qu’ils ne sont pas, ou des saint germain des prés, qu’ils ne sont plus. Les problématiques d’écriture sont évoquées parfois, mais moins que la soupe et les chips, et les voilà tous qui chantent, on ne sait pourquoi, qui répondent à des questions au nom des écrivains, et Ludivine Sagnier en Sarraute qui se dandine (elle avait 60 ans en 1959, et n’a jamais dû minauder), Claude Simon qui prend une guitare électrique, Pinget qui fait un coming out à poil… Mais qu’est-ce que cette forme veut dire ? Que le Nouveau roman n’est pas plus consistant que notre société paillettes ?

Michel Butor, aujourd’hui seul survivant de la bande avec Claude Ollier, n’a pas voulu aller voir le spectacle. Présent à Avignon pour une rencontre, et à Forcalquier avec ses amis éditeurs et plasticiens, il y a lu ses textes, en infatigable inventeur de formes. La littérature, portée par cet homme de 85 ans, y éclatait de jeunesse.

AGNÈS FRESCHEL

Juillet 2012

 

Nouveau roman est joué jusqu’au 17 juillet au Cloître du Lycée Saint Joseph