Vu par Zibeline

Retour sur Vertiges, le spectacle de Nasser Djemaï, présenté en avril aux Salins à Martigues

Questionnements identitaires

Retour sur Vertiges, le spectacle de Nasser Djemaï, présenté en avril aux Salins à Martigues - Zibeline

Après Invisibles, qui donnait la parole aux chibanis, travailleurs immigrés, âgés, originaires du Maghreb, commentant ensemble leur impossible retour au pays, Nasser Djemaï poursuit avec Vertiges son travail autour de la quête d’identité et de l’histoire de l’immigration.

Dans l’appartement familial qu’il a quitté depuis longtemps pour mener sa vie, mais dans lequel il revient quelques jours pour s’occuper de son père malade, Nadir, le fils aîné, est déboussolé. Il y retrouve ses parents, sa sœur, son frère, et ce quartier -« sensible », « populaire », il connaît les termes et ne peut s’empêcher de se désoler de cet état de fait-, cette cité qui n’a cessée, depuis son départ, de se dégrader.

Entre passé et avenir, deux générations s’affrontent, non-dits et espoirs bafoués faisant le sel des échanges nourris, vifs et parfois violents qui rythment les scènes, malgré l’amour qui les lie. Le retour du fils aîné dérange l’ordre établi, fait se confronter deux cultures, celle de ses parents nés sur l’autre rive de la Méditerranée, et celle qui les constitue eux, les enfants, qui sont nés en France. Dans le décor très réaliste d’un intérieur fait de meubles en formica ornés de bibelots et photos de famille, chacun des protagonistes monologuera sur sa condition et ses désillusions.

Le père (émouvant Lounès Tazaïrt), malade, dans l’attente du voyage annuel qui lui permettra d’aller consolider la maison et arroser les oliviers « là-bas » ; la mère (Fatima Aibout), tiraillée entre le foyer qu’elle tient à bout de bras « ici » et l’impossibilité d’un quelconque changement « ailleurs » ; la sœur (Clémence Azincourt), célibataire, dont l’emploi permet à la famille de tenir mais qui rêve de fonder une famille ; le petit frère, Hakim (Issam Rachyq-Ahrad), attiré par les barbus qui trafiquent en bas de l’immeuble, peu disponible pour trouver un travail ; et Nadir (Zakariya Gouram), silencieux sur le délitement de son couple et de sa vie si peu parfaite…

Nasser Djemaï orchestre les tensions de main de maître, sans tomber dans les clichés, sans complaisance non plus, jusqu’au décès inéluctable du père qui offre une scène des plus émouvantes, hors du temps. Ensemble, dignes, silencieux et sans acrimonie, la mère et les enfants entourent son corps, le lavent, le préparent, quelles que soient leurs croyances et leur façon d’attraper la vie. Unis, enfin.

DOMINIQUE MARÇON
Mai 2017

Vertiges a été joué le 27 avril aux Salins, scène nationale de Martigues

Vertiges © Jean-Louis Fernandez


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net