« Poussière dans le vent », beau conte d’amours et d’amitiés signé Leonardo Padura, aux Éditions Métailié

« Qu’est-ce qui nous est arrivé ? »Lu par Zibeline

« Poussière dans le vent », beau conte d’amours et d’amitiés signé Leonardo Padura, aux Éditions Métailié - Zibeline

Cette question revient souvent dans la foisonnante somme (très) romanesque du Cubain Leonardo Padura. Comme reviennent les paroles de la chanson de Kansas qui lui ont donné son titre : Dust in the wind/ All we are is dust in the wind… Poussière dans le vent, soit. Mais qui vaut la peine d’être fixée, ne serait-ce que par ce qu’elle raconte de la force de l’amitié, de la solidarité et des trahisons, des douleurs de l’exil, des départs, des retours, de la vie en somme. Ce vaste roman choral -plus de 600 pages, loin des instantanés fugaces offerts par les nouvelles de Ce qui désirait arriver quoiqu’assez proche de leur esprit,- débute de nos jours ou presque à Miami. Adela et Marcos vivent ensemble dans le quartier latino de la cité ; un jour, la jeune femme découvre sur le compte Facebook de son amoureux une photo ancienne envoyée de Cuba, sur laquelle elle croit reconnaître sa mère…

Padura en a fini avec Mario Conde, le flic de La Havane, héros de plusieurs de ses romans. Il n’en a visiblement pas terminé avec le suspense et le goût des péripéties. Qui est cette femme sur la photo ? Marcos l’appelle Elisa. Or la mère d’Adela se nomme Loreta. Un mystère dont il faudra tout le livre, avec tous ses retours en arrière et le chœur de tous ses personnages principaux pour trouver la clé. Avec une ingéniosité diabolique, Padura assemble les fils épars d’une histoire éclatée. L’histoire de huit amis de lycée, « le Clan », qui se réunissaient rituellement pour des fêtes dans la maison de Clara, la mère de Marcos. La disparition de l’une, la mort suspecte d’un autre, puis le départ de pas mal d’entre eux, vers l’Espagne, Porto-Rico ou les États-Unis, le Clan s’est délité… Comme se sont délités les idéaux de la société cubaine. Car, à travers ses personnages, c’est l’histoire récente des Cubains que retrace l’écrivain. De ceux qui, comme Clara, sont restés et ont enduré vaillamment les années de pénurie. De ceux, nombreux, qui sont partis et demeurent, en dépit d’existences matériellement plus faciles, d’éternels déracinés. Un beau conte d’amours et d’amitiés, et un document précieux sur Cuba et la diaspora cubaine.

FRED ROBERT
Octobre 2021

Poussière dans le vent
Leonardo Padura
Traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis
Éditions Métailié, 24,20 €