Autodéfense féministe avec le Collectif Marthe au Théâtre Joliette

« Qu’est-ce que tu aimerais lui faire, à ce gendarme anglais ? »Vu par Zibeline

• 25 février 2022 •
Autodéfense féministe avec le Collectif Marthe au Théâtre Joliette - Zibeline

Le Collectif Marthe, constitué de jeunes artistes à la vitalité ébouriffante, s’est appuyé sur les écrits de la philosophe Elsa Dorlin pour Tiens ta garde. Son livre Se défendre, Une philosophie de la violence, généalogie des courants d’autodéfense, notamment féministe, a puissamment inspiré la trame d’un spectacle -leur deuxième création- mené tambour battant. Clara Bonnet, Marie-Ange Gagnaux, Aurélia Lüscher, Maybie Vareilles et Itto Mehdaoui, appuyées à la dramaturgie par Guillaume Cayet, aiment à mener un « travail de recherche partant de faits sociologiques et politiques avec pour objectif de les faire délirer théâtralement ». Si l’on en juge par la grande salle du théâtre Joliette, comble, et les cinq rappels enthousiastes, leur propos rencontre l’intérêt du public.

L’autodéfense selon Elsa Dorlin n’est pas un synonyme de légitime défense, sauf à considérer cette notion d’un point de vue éthique et non juridique. Elle invite à comprendre la façon dont les êtres humains opprimés par d’autres en arrivent à se révolter et à utiliser la violence, très souvent illégale, comme moyen de survivre. Illustration par l’exemple, Tiens ta garde se situe dans une salle d’armes, squattée par Elodie pour donner un cours d’autodéfense féministe. Aux murs, des fleurets alignés, une cuirasse et des masques d’escrime ; Colbert, triste auteur du Code Noir, régissant l’esclavage au XVIIe siècle, est affiché. L’ambiance est virile, appelant une juste revanche : ici, des demoiselles vont apprendre à rendre coup pour coup face à toutes les formes de domination masculine, grâce à la mise en pratique d’une « éthique martiale de soi ». Masque, venue en anonyme découvrir le combat à mains nues, Solange, intello focalisée sur les suffragettes, militantes anglaises déterminées au début du XXe siècle à obtenir le droit de vote, et Marilou, harcelée par son patron, étudient la reprise d’espace, le positionnement, la respiration, les points vulnérables à viser.

Elles convoquent différents moments de résistance à travers l’histoire, contre les mainmises politiques, y compris en temps révolutionnaires, le regard masculin sur les femmes dans l’art, les médecins et leur contrôle du corps féminin. Les maltraitances gynécologiques n’ont jamais été aussi burlesques que mises en scène par le Collectif Marthe ! L’intérêt de la démarche est d’autant plus fort que les artistes articulent leur féminisme aux autres luttes, celles des noirs Américains notamment.

GAËLLE CLOAREC
Février 2022

Tiens ta garde s’est joué les 24 et 25 février au Théâtre Joliette, Marseille

Photo : (c) Jean-Louis Fernandez