Succès public des premières Journées de l'Histoire de l'Europe à Marseille

Quelle paix !?Vu par Zibeline

• 24 avril 2015⇒25 avril 2015 •
Succès public des premières Journées de l'Histoire de l'Europe à Marseille - Zibeline

Les Journées de l’histoire de l’Europe existent depuis 12 ans à Paris, elles ont connu leur première édition marseillaise fin avril. L’Association des Historiens a rassemblé des spécialistes parmi les meilleurs, à même de traiter son sujet La paix en Europe, quand l’Europe a connu la paix du Moyen Âge à nos jours. Après une courte allocution de bienvenue de la part d’Anne-Marie d’Estienne d’Orves, adjointe au Maire déléguée à la Culture, les conférences ont démarré sur les chapeaux de roues au Musée d’Histoire de Marseille et à la Bibliothèque de l’Alcazar, devant un public dense et attentif (y compris nombre de lycéens).

La première intervention, celle de Benoît Rossignol, maître de conférence à l’université Panthéon-Sorbonne, pouvait paraître hors sujet, puisqu’il a évoqué la Pax romana, l’idée de paix dans le monde romain. Mais bien au contraire, il a posé avec brio les fondations d’une réflexion indispensable : on ne pouvait pas traiter 10 siècles d’histoire occidentale sans avoir une idée claire du contexte antique qui l’a immédiatement précédée. Ce qu’il a fait avec humour, se demandant d’entrée de jeu si l’expression «paix romaine» tire plutôt vers l’oxymore… ou la mauvaise blague ?

Utilisée par Sénèque, elle fut mise en pratique par son inventeur en politique : Auguste (31 av JC-14). Arrivé au pouvoir par les armes au terme d’un siècle de guerre civile, il a compris qu’il «ne pouvait durer que par le consensus», la paix légitimant l’autorité impériale. Bien évidemment cette paix est parcourue de guerre, au point que l’on a «beaucoup de mal à la trouver». Pas une seule période où Rome ne cherche à repousser ses frontières, même sous Antonin le Pieux (138-161), réputé peu belliqueux ; les conquêtes ont donné lieu à énormément de mouvements de troupes. Précisons que le fait d’écraser une peuplade hostile n’est pas considéré comme une guerre, mais comme une manière de régler un conflit servile : il faut écraser les fauteurs de troubles pour ramener le calme. La guerre à la romaine est très encadrée par le droit, et implique une égalité entre belligérants ; de même, faire la guerre suppose d’avoir fait la paix avec les dieux, comme préalable pour susciter leur bienveillance et garantir une victoire. Enfin, combattre aux frontières est un bon moyen de limiter les tensions intérieures, politiquement dangereuses : c’est une façon d’assurer la stabilité du gouvernement.

Idem au Moyen Âge, où selon Michel Balard les autorités civiles et religieuses ont favorisé le départ aux Croisades, comme un moyen de drainer vers la terre sainte les courants agressifs traversant la population. Là encore, on distingue la guerre juste de l’injuste, à visée purificatrice sous les encouragements divins, et si elle est juste «peu importe son caractère défensif ou offensif». Pour «pacifier» la chrétienté, il a fallu organiser une caste de guerriers, la chevalerie, encadrer son usage des armes, et l’Église a longuement insisté pour qu’elle évite de s’en prendre aux prêtres, aux paysans, aux femmes… avec un succès tout relatif. Si l’on tente une balance entre les violences et les mesures de pacification, «dans la seule Europe les déprédations, pillages et massacres l’emportent largement».

Ces deux intervenants ont permis de dégager un schéma valable à peu près à toutes les époques : la paix, c’est la guerre qui se repose… ou qui est déviée.

GAËLLE CLOAREC
Avril 2015

Les Journées de l’Histoire de l’Europe à Marseille ont eu lieu les 24 et 25 avril

Photo : -c- G.C.

Bibliothèque de l’Alcazar
14 Cours Belsunce
13001 Marseille
04 91 55 90 00
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Musée d’histoire de Marseille
2, rue Henri-Barbusse
13001 Marseille
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