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Vu par Zibeline

Festival de cinéma, Nouv.o.monde, un manifeste contre la guerre

Quelle connerie la guerre !

Festival de cinéma, Nouv.o.monde, un manifeste contre la guerre - Zibeline

Si par hasard on n’était pas convaincu par les vers de Prévert, les deux films présentés le 12 mars par Les Films du Delta à Rousset pour Nouv.o.monde suffisaient à nous persuader : les traces laissées par les guerres, des Balkans pour le film de Dalibor Matanic, Soleil de plomb ou au Liban pour Tombé du ciel de Wissam Charaf, ne sont pas près de s’effacer, semblant marquer à tout jamais les personnages.

Dans Soleil de plomb, trois décennies (1992, 2001, 2011), deux nations (la Croatie et la Serbie) et une histoire d’amour impossible sont jouées par les mêmes acteurs (excellents Tihana Lazovic et Goran Markovic). Histoire universelle, illustrant à merveille le « narcissisme des petites différences » cher à Freud, comme l’a rappelé Pierre France qui animait le débat.

Le second film, Tombé du ciel de Wissam Charaf, présenté en avant-première, a pour arrière plan la longue guerre civile qu’a connu le Liban de 1975 à 1990. Un homme marche vers nous. Ses pas font crisser la neige sur les pentes d’une montagne. D’où vient-il ? On ne le sait pas. On le retrouve dans une rue de Beyrouth, devant une boîte de nuit où, d’abord frappé, il est recueilli par un des vigiles, Omar (Raed Yassin), qui l’a reconnu. C’est Samir (Rodrigue Sleiman), son frère disparu depuis 15 ans, un homme sans papiers d’identité, un revenant. À partir de ce fantôme, le réalisateur nous entraîne dans un univers décalé où l’on croise des personnages étonnants. Omar, garde du corps, ne sait pas manier les armes ; son père, un vieil homme traumatisé, répète en boucle « Les Ottomans sont venus et on les a découpés en morceaux. » Une actrice, Yasmine (Yumna Marwan), se met à faire de la politique maffieuse. Rami, vendeur de voitures, rêve de partir et apprend l’allemand en lisant Mein Kampf ; un voisin d’Omar monte le son de la télé quand on lui demande de le baisser ; un autre a écrit une thèse de doctorat comparant Ben Laden et la chanteuse pop libanaise Haifa Wehbe… Quant à Samir, surnommé Sniper, qu’a-t-il fait pendant la guerre et après ? On ne le saura pas, mais le Beyrouth qu’il retrouve n’est plus celui qu’il a quitté. Les machos draguent les filles sur la Corniche et rêvent de voitures de luxe, les anciens miliciens sont devenus vigiles et les jeunes bourgeois font la fête… « Notre société est réellement traumatisée par la guerre civile. Il n’y a pas eu de travail de mémoire. Au Liban on n’est pas en paix avec notre passé. Tout ce qu’on s’est contenté de faire, c’est essayer d’oublier. » Ce n’est pas frontalement que Wissam Charaf a abordé cette thématique, mais en utilisant l’humour pince-sans-rire, en mettant en place des situations loufoques et improbables et en choisissant un format inhabituel, carré : « un cadre qui semble emprisonner, fixer des limites de champ plus étroites sur les côtés et ainsi faire transparaître une vie plus étriquée que la normale. ».

Un premier long métrage réussi qui oscille entre rire et tristesse.

ANNIE GAVA
Avril 2017

Nouv.o.monde s’est tenu du 3 au 12 mars à Rousset et dans le Pays d’Aix

Photographie : Tombé du ciel, de Wissam Charaf © Epicentre Films