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Retour sur la journée d’études PPP, pour Populaire Peuple Public, au Mucem

Quel est le contraire de populaire ?

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Retour sur la journée d’études PPP, pour Populaire Peuple Public, au Mucem - Zibeline

Proposée dans le cadre de l’exposition Georges Henri Rivière, voir c’est comprendre, la journée d’études Populaire Peuple Public du 13 novembre était passionnante, et forcément paradoxale. Elle réunissait en effet des universitaires du monde entier maniant des concepts et parlant une langue incompréhensible à 95% du peuple, mais réfléchissant justement aux façons de mettre en lumière les arts populaires, les écomusées, les savoirs du peuple.

Un niveau de réflexion retombé comme un soufflé lors de la dernière table ronde, animée par Olga Bibiloni (La Provence) et réunissant des directeurs de grands festivals (Festival d’Avignon, de Marseille, Jazz des Cinq continents) et de musées particuliers (les Arts modestes de Sète, les Abattoirs de Toulouse). Tous furent conviés à opposer « populaire » et « savant », comme si tout l’enjeu de cette journée n’était pas justement de montrer que le peuple est savant…

Rapidement le public populaire fut restreint aux détenus, aux scolaires, voire aux « publics particuliers » que sont « les EHPAD, les enfants et les adultes autistes ». Les intervenants affirmaient pourtant qu’ils ne représentaient plus la culture dominante, fabriquée par des industries médiatiques qui refusent de proposer au « grand public » une culture qui ne soit pas formatée et simplifiée ; ils expliquaient qu’ils inventaient des formes participatives pour que le rapport à l’art se partage, que leur public se renouvelait chaque année… Mais le clivage savant/populaire, à la base de toute la discussion et de chaque question, imposait une hiérarchie incontournable, et surplombante.

Car en fait, comment penser le populaire sans un rapport de classe ? Si le populaire représente la majorité du peuple, et pas seulement les pauvres, on peut les opposer aux « bourgeois » ou comme aurait dit Marx aux détenteurs des biens de production qui ne vivent pas de leur travail mais de la plus-value opérée sur le travail des autres. À Paris, sans doute, dans certains cénacles, la vie culturelle s’adresse à eux. Ici, presque jamais.

Le contraire de savant n’est pas populaire, mais ignorant : l’accès à l’art et à la culture nécessite un apprentissage, comme le soulignait Hervé di Rosa. Il nécessite aussi que les médias cessent de penser que le peuple est idiot.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2018

Photo : Enquête sur la Sologne, 1937 -c- Mucem


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