Two et Boléro présentés par le Ballet National de Marseille à l'Opéra

Quel corps pour le ballet ?Vu par Zibeline

Two et Boléro présentés par le Ballet National de Marseille à l'Opéra - Zibeline

Le programme présenté par le Ballet National de Marseille à l’Opéra confirme le talent du duo Emio Greco / Peter C. Scholten, mais aussi le drôle de chemin sur lequel ils ont engagé le ballet marseillais. En effet la première partie du programme est une pièce dansée par deux solistes de leur ballet hollandais ICK, et la deuxième partie par Emio Greco lui-même, entouré par huit danseurs du BNM qui reprennent sa gestuelle en la simplifiant autour de lui, dans la pénombre alors qu’il est dans la lumière : si les choix chorégraphiques ont un sens symbolique, que signifie une telle disposition ? Quelle place ont les danseurs du ballet, et où sont les femmes ? Que font les danseuses depuis tant de mois ? Dans la prochaine création, qui sera donnée en Hollande avant Marseille (en septembre à la Criée), les 24 danseurs du BNM seront-ils sur le même plan que les six solistes d’ICKAmsterdam, ou serviront-ils encore de corps de ballet ? On se souvient encore des polémiques autour du Sakountala de Marie Claude Pietragalla, où la soliste s’élevait dans les airs alors que les danseurs rampaient autour d’elle… Le BNM est il destiné à ce type de schéma ?

Qu’en est il de la danse proposée ? Le duo Two, sur un montage musical de Peter C Scholten, architecture l’espace en lignes croisées entre un homme et une femme, tous deux en robes, dont les jambes tremblent et piaffent comme des chevaux à l’arrêt, qui parfois dansent côte à côte les mêmes gestes, parfois se tournent le dos, et explorent toutes les directions, verticales et obliques, et toutes les dynamiques, du geste balbutié jusqu’à la vitesse ou l’arrêt brusque. Ces mêmes principes régissent la danse d’Emio Greco dans Boléro, qu’il dansait auparavant en solo : tremblement, questionnement sur le genre (les neuf hommes sont également en robe), rudesse, alternance de poses aux lignes marquées, d’ondulations des bras, avec une progression dans la vitesse des gestes qui suit le crescendo de la célèbre partition. (Exécutée ici par l’orchestre de Marseille : si l’on doit se réjouir d’une nouveauté, c’est de la collaboration de l’Orchestre de l’Opéra et du Ballet, malgré quelques couacs incompréhensibles aux cuivres)

Le programme proposé, rude, exigeant, risque de désorienter un peu le public du ballet, habitué à des formes plus ludiques ou narratives. Qu’importe, l’univers chorégraphique est là. On aimerait que ce soit réellement le BNM qui le porte, et avoir davantage l’occasion de voir l’activité des danseurs (et danseuses!) dans la ville qui les finance.

AGNES FRESCHEL
Mai 2015

Two et Boléro ont été dansés à l’Opéra de Marseille les 8 et 9 mai

Photo : -c- Agnès Mellon

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