I Pagliacci au Festival Durance Luberon

Que vivent les saltimbanques !Vu par Zibeline

I Pagliacci au Festival Durance Luberon - Zibeline

L’écrin du Théâtre du Vallon de l’Escale offrait sa scène à la version de poche, remarquablement surtitrée de l’opéra de Leoncavallo, I Pagliacci, traduit communément en français par Paillasse, traduction sur laquelle revenait lors de sa présentation le pianiste, metteur en scène et directeur artistique Vladik Polionov. Il faut voir dans le rôle de Paillasse celui du Pierrot de la commedia dell’arte, précisait-il, et son épouse, Colombine qui s’amourache d’Arlequin… Les personnages de ce théâtre populaire préludent le grand cinéma vériste italien, avec la pointe de poésie et de fantaisie d’un Fellini, qui sut si bien croquer les artistes itinérants.

La prise de rôle pour les chanteurs de cette version soutenue par le seul piano relevait de la haute voltige. Il est plus aisé de se laisser guider par les emportements de l’orchestre que par les accents, certes, superbement joués, mais en plein air, d’un piano. Insistant sur le théâtre dans le théâtre (le protagoniste se voit trompé par la femme qu’il aime dans la vraie vie comme dans la pièce qu’il joue avec elle), Vladik Polionov souligne malicieusement que les acteurs de ce drame vériste sont eux-mêmes compagnons de route à la ville : multiplication de l’imbroglio n’est-ce pas ! Le Prologue tenu par Norbert Dol qui incarnera le trouble Tonio (Taddeo quand il joue la comédie) aborde le thème des relations qui unissent fiction et réalité, si ténues parfois qu’il est bien difficile de démêler le vrai du faux entre réalité et mensonge artistique. La capacité de l’art à mimer ou même évincer le réel questionne ici notre rapport au monde…

Juan Antonio Noguiera (Canio / Pagliaccio) aborde la partition avec vaillance, tandis que Jennifer Michel (Nedda/Colombina) campe une jeune femme espiègle et vive avec une voix bien placée, et un allant communicatif. Norbert Dol excelle dans son rôle de traître tandis qu’Arlequin/ Peppe (Arnaud Hervé) détourne le lieu scénique pour chanter sur une hauteur qui domine les spectateurs et interpeler sa bien-aimée (au théâtre, difficile d’être discret !). Florent Leroux Roche dans le rôle de Silvio, amant de Nedda, seul personnage ancré dans la réalité avec Stéphane Poitevin qui joue avec humour un villageois, est parfaitement juste dans son interprétation et offre de beaux moments aux pages écrites pour sa voix de baryton.

Le festival Durance Luberon tient une fois de plus ses promesses de qualité et d’originalité.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2021

Représentation donnée le 13 août au Théâtre du Vallon de l’Escale à Saint-Estève-Janson dans le cadre du festival Durance Luberon.

Photographie : Nedda & Silvio © Suzanne Begot

A venir:

I Pagliacci sera donné de nouveau le 20 août dans la cour d’honneur du château de la Tour d’Aigues.
Réservations au 06 42 46 02 50