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Javier Cercas et Elsa Osorio, deux auteurs convaincus que la fiction peut sauver

Que peut la fiction ?

Javier Cercas et Elsa Osorio, deux auteurs convaincus que la fiction peut sauver - Zibeline

Deux romanciers de langue espagnole ont tenté de répondre à cette importante question lors de deux passionnantes rencontres en librairies. L’un est espagnol, l’autre est argentine. Tous deux sont convaincus que la fiction peut sauver. Et qu’un bon roman peut atteindre à la vérité bien plus fort et bien mieux que n’importe quel document historique. Thèse que nous ne sommes pas loin de partager.

Fin septembre. Après un grand entretien en ouverture du festival des Correspondances à Manosque, Javier Cercas était invité à L’Histoire de l’œil afin de parler de son dernier livre, L’imposteur, très remarqué en cette rentrée littéraire. Ce roman relate l’histoire véritable (?) d’une véritable imposture, celle d’Enric Marco, icône de l’antifranquisme, héros national, dont la vie n’a été qu’«une énorme fiction ambulante», un tissu de mensonges, démasqué en 2005 par un historien. Cette histoire du «Maradona de l’imposture», comme Cercas l’appelle, il a eu envie de l’écrire car c’était «un livre impossible». En résulte un palpitant ouvrage, qui mêle deux chronologies, celle de Marco, «un grand mensonge fondé sur une multitude de petits faits vrais» (le mot le plus prononcé par Marco n’est-il pas, ironie que pointe Cercas, l’adverbe «véritablement» ?) et celle de celui qui va fouiller dans la première, à la fois chroniqueur et romancier. Ce qui n’est pas sans rappeler le modus operandi d’Emmanuel Carrère dans L’Adversaire. Comme L’Adversaire, L’imposteur pose la question du rapport à la vérité. En ce sens, Marco, comme on aurait pu le dire de Romand, est «une hyperbole monstrueuse de tous les hommes». Et comme Carrère, Cercas laisse planer le doute quant à l’identité réelle de son imposteur : «Je voulais le démasquer mais je ne suis pas sûr que derrière le masque il y ait quelqu’un.» Il n’en reste pas moins que cette somme romanesque, qui se réfère à Cervantes et à Flaubert, est un brillant hommage à la fiction qui transcende. N’est-ce pas parce qu’il voulait sublimer son existence que Marco, comme Don Quichotte et Emma Bovary, a fait de la fiction une réalité ? Reste que son mensonge n’est en rien acceptable… et l’a rattrapé.

Début octobre à l’Attrape-mots. Agnès Gateff accueille avec beaucoup d’émotion Elsa Osorio, dont elle a fait connaître à ses lecteurs Luz ou le temps sauvage, il y a dix ans, aux tout débuts de ladite librairie. Luz…, un roman sur la quête d’identité dans l’Argentine de la dictature. Très important pour la romancière mais très difficile à faire accepter. Pas ou peu de recherches documentaires pour l’écrire ; et pourtant l’impression de toucher à la vérité profonde de l’Argentine de ces années-là, de la torture, des enfants de militants disparus. Elsa Osorio le déclare : «Avec la fiction, tu peux toucher la réalité mieux que ne le ferait un reportage.» Ses autres romans mêlent également fiction et vérité historique. La Capitana s’est bâtie à partir des carnets d’une figure féminine authentique de la guerre d’Espagne. Quant à Tango, il retrace l’histoire de Buenos Aires au moment de la naissance du tango. Et s’il approche le fantastique sur le plan de son originale énonciation, il fourmille d’éléments historiques qui en apprennent beaucoup sur l’«identité problématique des Argentins». Bref, là encore, des mensonges qui disent la vérité. Une vérité non plus factuelle, concrète, comme le soulignait Cercas, mais abstraite et universelle.

Elsa Osorio a également évoqué les raisons de son séjour à Marseille. Actuellement en résidence à La Marelle (après une résidence à Saint-Nazaire), elle profite de cette parenthèse dépaysante pour avancer l’écriture d’un roman qu’elle dit avoir dans la tête depuis longtemps et qui «touche à quelque chose d’un peu délicat». L’histoire, fondée sur un fait historique, se passe pour une grande part en France, pendant la période de la dictature argentine. Elle ne le voulait pas, confesse-t-elle, mais cela ressemble à un roman policier, et commence par la mort d’une femme. On n’en saura pas plus. Mais voilà le public (nombreux) titillé. Et impatient de la lire.

FRED ROBERT
Octobre 2015

Javier Cercas était reçu à la librairie L’Histoire de l’œil à Marseille le 24 septembre

Elsa Osorio était invitée à la librairie L’Attrape-mots à Marseille le 9 octobre

L’imposteur, ainsi que les précédents romans de Javier Cercas, sont publiés aux éditions Actes Sud.

Ceux d’Elsa Osorio le sont chez Métailié.


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