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Ne laisse personne te voler les mots, un voyage aux sources de l'Islam, créé au Théâtre de la Cité à Marseille

Que faire avec le Coran ?

Ne laisse personne te voler les mots, un voyage aux sources de l'Islam, créé au Théâtre de la Cité à Marseille - Zibeline

C’est l’une des questions que pose le spectacle Ne laisse personne te voler les mots. Et à laquelle il tente d’apporter les réponses de l’histoire, de l’anthropologie, et même de la lexicologie, en proposant un voyage aux sources de l’Islam, à la fois intime et scientifique, selon les principes chers aux Écritures du réel. Devant une salle archi comble, Michel André précise d’entrée que le sujet est délicat, que le travail, amorcé depuis deux ans, est encore en rodage, et qu’à l’issue de la représentation le public sera invité à débattre, mais aussi à critiquer, à suggérer d’éventuelles améliorations…

Un spectacle en cours donc, qui sera très prochainement proposé à des publics collégiens et lycéens. Car c’est à la jeunesse qu’il s’adresse avant tout. Après le 11 septembre, les attentats, face à l’instrumentalisation du Coran par Daesh, il y a urgence à rappeler certains points d’histoire et de vocabulaire que la plupart des jeunes ignorent. C’est ce que fait pendant une heure Selman Reda, dans une conversation à mi-voix qu’on a plaisir à écouter. Le dispositif scénique est simple : un écran vidéo en fond, une grande table rectangulaire au centre, qui devient au gré des étapes du récit table familiale (avec toile cirée), cartons (qu’on met pour se protéger du froid dans la rue), désert enfin (avec dunes, cailloux et même scorpion !).

Car ce monologue théâtral, parti de la douloureuse expérience personnelle de Selman Reda -son père s’est laissé embrigader et lui a imposé une pratique religieuse insupportable avant de le mettre à la rue-, nous conduit jusque dans le désert d’Arabie occidentale. C’est là qu’au VIIe siècle, l’islam est né, au sein d’un peuple de Bédouins nomades. Alors forcément, les mots qu’ils prononçaient n’avaient pas les mêmes connotations, ni parfois le même sens que ceux qu’on leur attribue aujourd’hui, « djihad » par exemple, ou « charia ».

En écho au récit, les explications très claires de l’islamologue Rachid Benzine (en vidéo) viennent rappeler qu’entre la Parole des origines et le Livre d’aujourd’hui, quinze siècles ont passé. Un spectacle pédagogique et vivant, qui sait éviter l’écueil du didactisme et devrait susciter les questions des adolescents.

FRED ROBERT
Décembre 2017

Ne laisse personne te voler les mots a été créé au Théâtre de la Cité, Marseille, du 29 novembre au 2 décembre
Il sera repris en avril 2018 dans le cadre de la 4e édition de la Biennale des écritures du réel. Il est aussi conçu pour tourner dans les établissements scolaires, éducatifs et sociaux

Photo : © Sigrun Sauerzapfe

 


Théâtre de la Cité
54, rue Edmond Rostand
13006 Marseille
04 91 53 95 61
http://www.maisondetheatre.com/