Jeunes bandes prometteuses au Festival d'Avignon

Que disent ces jeunes ?Vu par Zibeline

• 7 juillet 2016⇒23 juillet 2016, 17 novembre 2016⇒19 novembre 2016 •
Jeunes bandes prometteuses au Festival d'Avignon - Zibeline

Parmi les enthousiasmes de cette 70e édition du festival d’Avignon, la présence affirmée de jeunes bandes. Loin de la perfection de leurs aînés qui œuvrent dans la Cour d’Honneur, ils pétillent d’impertinence…

Maëlle Poésy a écrit (avec Kevin Keiss) et mis en scène une fable politique étrangement apolitique, et pleine d’un sens de la liberté pas seulement rafraîchissant. Dans un pays dirigé par un premier ministre aux allures délibérément vallsiennes, les citoyens de la Capitale se mettent à voter, massivement, blanc. Sans que l’on sache exactement pourquoi ni par quelle opération cette unanimité a soudain surgi. Limites de la fable ? Pas sûr : le déluge qui s’abat sur la ville -et sur la scène- a tout de la punition divine, et cesse quand le gouvernement s’en va. Certes, un vote blanc massif amènerait aujourd’hui, sans doute, Marine le Pen à la tête de l’État. Mais justement il n’est pas question de cela, mais de l’inutilité d’un gouvernement qui a perdu de vue l’intérêt commun -les citoyens se débrouillent très bien sans eux- et de la folie sécuritaire qui s’empare des gouvernants lorsque le peuple les désavoue. Le recours à la police, à l’armée, l’état de siège, ont des allures prémonitoires étonnantes (la pièce a été écrite avant la loi travail), de même que les inondations incontrôlables… Ceux qui errent ne se trompent pas. Ceux qui passent la nuit debout aussi, sans doute, si l’on peut admettre que l’activisme politique des jeunes gens ne s’exerce pas aux mêmes endroits que celui de leurs aînés.

La Piccola Familia, bande rouennaise de Thomas Jolly, s’empare de l’histoire du festival d’Avignon avec la même fougue. Chaque jour un épisode nouveau est déclaré, comme un acte résistant de 40 mns. Et chaque jour la foule est là, toujours plus nombreuse, debout sous le cagnard de midi, à se délecter de cette mémoire. C’est que les comédiens sont drôles, d’une fantaisie assumée, potache parfois. Mais quel exploit ! Chaque jour ils mettent en scène et jouent un épisode différent, se moquant des garages étroits du off comme de la cérémonie claudélienne, montrant comment ce Festival entier est un miracle à réinventer, qui transforme une petite ville de Province à la mémoire trop lourde -leurs apparitions papales régulières sont hilarantes– en gigantesque fête, et marché, du théâtre. S’appuyant sur l’essai d’Emmanuelle Loyer et Antoine de Baecque (Histoire du Festival d’Avignon, ouvrage de référence qui se lit comme un roman…), le farcissant de pastiches de représentations historiques et d’interventions farfelues d’un guide touristique, d’une architecte hallucinée… la Piccola Familia montre comment économie et théâtre sont depuis toujours liés à Avignon. Mais aussi comment cette aventure est iconoclaste, vivante, révoltée. Par leur approche sans révérence, ils retrouvent certainement l’esprit des débuts…

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2016

Ceux qui errent ne se trompent pas a été joué jusqu’au 10 juillet à Benoit XII. Il sera repris au Théâtre du Gymnase, Marseille, du 17 au 19 novembre.

Le Ciel, la Nuit et la pierre glorieuse se joue tous les jours jusqu’au 23 juillet au Jardin Ceccano à midi.

Retrouvez nos autres critiques sur le festival d’Avignon 2016 dans le numéro d’été de Zibeline, à paraître le 16 juillet chez tous les marchands de journaux.

Photo : Ceux qui errent ne se trompent pas -c- Christophe Raynaud de Lage – Festival d’Avignon

Festival d’Avignon
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