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Vu par Zibeline

Kyle Harper publié par les Éditions La Découverte

Quand un jardin se dessèche

Kyle Harper publié par les Éditions La Découverte - Zibeline

L’historien américain Kyle Harper a publié en 2017 cet « autre récit de la chute de Rome », aujourd’hui traduit en français par les éditions La Découverte. Un récit autre, parce que s’il n’élude pas les convulsions politiques, économiques et religieuses de l’Empire romain à l’agonie, il les situe avec précision dans un ample contexte environnemental. Dans l’Antiquité tardive, ce qu’on appelle aujourd’hui la mondialisation était déjà à l’œuvre ; l’auteur analyse les puissantes et complexes interactions sous-tendant le destin de l’humanité d’une manière qui permet de porter un regard plus profond sur notre propre époque. Comment des forces aveuglément conjuguées – le climat, les maladies et les choix de société – malaxent-elles les populations ?

Avant même que le capitalisme industriel ne le perturbe par ses émissions massives de CO2, le climat de la Terre a toujours été sujet à d’importantes variations, dues à l’irrégularité de son cycle orbital, de l’exposition au rayonnement du soleil, et de l’activité volcanique. Selon l’historien, Rome, comme la dynastie des Han en Chine, a bénéficié d’un « optimum climatique » chaud et humide entre – 200 et + 150 après J.C. : la Méditerranée n’était alors qu’un « gigantesque jardin ». Les choses se sont gâtées par la suite ; le climat est devenu instable, avec succession de sécheresses et inondations, les hommes ont déforesté sans retenue, les  microbes de la variole et de la peste se sont répandus le long des immenses circuits commerciaux de l’Empire, l’aridité des steppes eurasiennes a précipité les invasions barbares, l’effondrement démographique a renforcé l’essor du christianisme et de l’Islam, portés par leur dimension eschatologique. Kyle Harper s’appuie sur des sources relatant une imminente fin de l’humanité et les considère avec empathie. Les Anciens pointaient la cupidité, péché ultime, comme responsable. Eux avaient l’espoir d’une Résurrection. Nous avons les données scientifiques. Le fait que l’histoire se soit poursuivie jusqu’à ce que nos 8 milliards d’individus dévorent la planète ne devrait-il pas nous entraîner à plus d’humilité vis-à-vis des puissances de la nature ?

GAËLLE CLOAREC
Mai 2019

Comment l’Empire romain s’est effondré
Le climat, les maladies et la chute de Rome
Kyle Harper
Éditions La Découverte, 25 €