Condor, dernier opus de Caryl Férey paru chez Gallimard

Quand plane le condorLu par Zibeline

Condor, dernier opus de Caryl Férey paru chez Gallimard - Zibeline

Condor, c’est le nom du rapace qui hante les hauts plateaux de la Cordillère des Andes. Et de fait, il en est question dans le dernier opus de Caryl Férey : si l’intrigue débute dans les bas-fonds de Santiago du Chili, elle s’achève dans le désert d’Atacama à quelque cinq mille mètres d’altitude, au pays minéral des vigognes et des condors. Mais Condor est aussi le nom d’une opération menée dans les années 70 par toutes les juntes militaires alors au pouvoir en Amérique Latine ; une vaste campagne d’assassinats et de lutte anti guérilla (soutenue par la CIA) qui visait à exterminer tous les opposants à ces régimes dictatoriaux, sur le territoire et ailleurs, ainsi que leurs proches. Certains des participants à ce plan Condor viennent d’ailleurs d’être jugés (et condamnés) en Argentine. C’est dire qu’une fois de plus Caryl Férey s’attaque à un sujet brûlant. Car si les dictatures ont laissé la place à des régimes apparemment plus démocratiques, en Amérique du Sud, les anciens tortionnaires courent toujours, reconvertis en hommes d’affaires au sein de multinationales voleuses de terres, occupant des postes clés dans les gouvernements, chefs occultes de tous les trafics juteux… La dictature de l’argent après celle des militaires. Dans Mapuche, thriller haletant situé en Argentine, le romancier voyageur soulevait déjà ce genre de questions. Condor constitue le volet chilien de cette quête de transparence. Mais il est également un palpitant roman d’action. Car Férey a le don de mener une intrigue à pistes (et strates temporelles) multiples, sans jamais perdre son lecteur. Grâce sans doute à son sens de la dramaturgie ; grâce aussi à la chair qu’il sait donner aux personnages qu’il invente : Gabriela, la belle et farouche vidéaste mapuche aux dons de « machi » (chamane) ; Esteban, le fils de famille devenu avocat des causes perdues, Stefano l’ancien gauchiste victime de la junte qui fait vivre un cinéma de quartier… L’amour, l’amitié, la générosité planent sur ce thriller. Et même si les héros ne sont pas toujours victorieux (soyons réaliste, ils ne font pas le poids face à la conjuration des puissants impunis), on épouse leurs luttes et leurs espoirs d’un monde plus pur, plus juste.

FRED ROBERT
Juin 2016

Condor
Caryl Férey
Série Noire Gallimard, 19,50 €