Vu par Zibeline

L’Orchestre Jérusalem Orient-Occident s'est produit à la Criée

Quand Piaf fait la danse du ventre

 L’Orchestre Jérusalem Orient-Occident s'est produit à la Criée  - Zibeline

L’hommage à la chanson française par l’Orchestre Jérusalem Orient-Occident, un appel à la paix et à la rencontre au cœur d’une saison France-Israël paradoxale

Faut-il sanctionner les spectacles de la saison culturelle France-Israël, cofinancés par l’État hébreu, en refusant d’y assister ? Pour les militants des droits palestiniens distribuant des tracts devant la Criée, la réponse n’appelle aucune hésitation. Leur lutte est des plus essentielles face à des faits tout aussi incontestables qu’intolérables : Israël colonise, pille, exproprie et assassine dans le plus grand mépris du droit international.

Et pratique la « culture-washing » avec obstination, essayant de répandre dans le monde l’image d’un État ouvert à l’art et à l’autre, d’une civilisation défendant la liberté de création et soutenant financièrement, plutôt à l’export qu’en ses murs d’ailleurs, l’expression de son opposition. Attitude qui, systématiquement, génère des paradoxes insolubles.

Car en quoi l’Orchestre Jérusalem Orient-Occident est-il responsable de la tragédie palestinienne ? Boycotter des jus d’orange ou des avocats peut faire sens. Boycotter des artistes qui ne cautionnent pas la politique menée, voire la combattent, s’avère à nos yeux un chemin inapproprié. Soutenu ou non par Israël, l’existence même de cet orchestre, et son répertoire, sont clairs : « J’espère que notre message sera plus fort que tout ce que nous pourrions dire avec des mots », introduit Tom Cohen, son dynamique directeur musical et chef d’orchestre. « La musique, c’est la suspension et c’est la paix qui fait reculer un instant les malheurs du monde. Empêcher l’art ou la pensée est une réponse malheureuse », exprime quelques minutes plus tôt Macha Makeïeff, la directrice du théâtre national de Marseille.

Il n’y a qu’à entendre les mots, écouter les notes, regarder la diversité du plateau pour comprendre qu’il s’agit d’une soirée dédiée à la paix. À la manière d’une Jane Birkin quelques années auparavant avec son projet Arabesques, l’Orchestre Jérusalem revisite des standards de la chanson francophone à travers des arrangements orientaux, principalement arabisants.

Pas de Gainsbourg au programme mais des Piaf, Montand, Aznavour, Brel, Lama… Et Macias, la seule véritable fausse note de la soirée. Au chant, Ella Daniel, voix soul israélienne, et surtout Benjamin Bouzaglo, juif marocain aux ornementations vocales qui impressionnent, subliment le répertoire. Dommage que ce dernier ne soit pas toujours à l’aise avec les textes.

Autre soliste, Ariel Bart, une jeune harmoniciste totalement habitée. De Sous le ciel de Paris à La foule, en passant par La bohème, Ne me quitte pas, Je suis malade et un clin d’œil à Lili Boniche, la soirée placée sous le signe du métissage et du dialogue interculturel n’aura certes pas fait taire les bombes mais rapproché les vivants. « Tant qu’on se parle, on ne se tue pas », disait l’historien Pierre Laborie. Tant qu’on chante aussi.

LUDOVIC TOMAS
Novembre 2018

Le concert de l’Orchestre Jérusalem a eu lieu le 13 novembre à la Criée, à Marseille

Photo : Orchestre Jerusalem Orient-Occident c X-D.R.

 


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
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