Homeland : Irak année zéro d'Abbas Fahdel, images d’espoir dans un avenir sombre

Quand l’Irak nous est contéVu par Zibeline

• 31 janvier 2016 •
Homeland : Irak année zéro d'Abbas Fahdel, images d’espoir dans un avenir sombre - Zibeline

Avant la chute

Une famille qui boit du thé, assise devant un téléviseur, des femmes qui préparent des plats alléchants, des enfants qui jouent sur une terrasse, des hommes qui transplantent des rosiers ou creusent un trou, des gestes simples du quotidien auxquels on ne pourrait accorder aucune attention tant ils sont banals. Mais on est à Bagdad  en février 2002, les images à la gloire de Saddam Hussein qui reviennent en boucle sont là pour nous le rappeler- tout comme ces mots terribles : expliquant pourquoi on creuse « Comme il n’y aura bientôt plus d’eau courante, on pourra se servir du puits. ». Ce sont les préparatifs pour faire face à la guerre annoncée et la vie qui continue dans cette attente que filme Abbas Fahdel dans le premier volet de Homeland : Irak année zéro, AVANT LA CHUTE. A la fois film de famille et documentaire historique.

Vivant à Paris, craignant que des lieux de son enfance ne disparaissent à tout jamais, que sa famille restée en Irak ne meure, le cinéaste décide d’aller à Bagdad les filmer, et ainsi garder des traces d’un monde fragile. Il nous fait rencontrer sa famille, ses frères et sœur, son beau-frère, ancien ingénieur de la radio irakienne, ses nièces et neveux, en particulier Haydar, un jeune garçon, vif, drôle, curieux et ouvert, un des personnages principaux de son film. On part à Hit, « à la campagne » où vit une des sœurs du réalisateur. On y découvre une nature paisible, les paysages superbes des bords de l’Euphrate où de jeunes diplômés élaguent les palmiers, devenus paysans à cause de l’embargo. On y rencontre d’anciens juifs convertis qui nous font visiter un musée privé d’objets anciens, vivant en toute fraternité avec leurs voisins La menace de la guerre est là, pourtant : avions qui passent, paroles qui s’échangent.

Au film des mois, à Bagdad, les préparatifs s’accélèrent, on fait des provisions de médicaments, de couches- une séquence très drôle- ; on prépare des galettes qu’on fait sécher ; les filles s’inquiètent pour le mariage de leurs ainées. Dans le souk, la vie continue. Abbas Fahdel y filme les artisans au travail, les paniers remplis d’épices et d’olives, comme pour en garder la trace. Il filme aussi comme un leitmotiv les visages des enfants, qui sont là, partout, leurs yeux rieurs fixant la caméra, images d’espoir dans un avenir sombre.

Après la bataille

Le cinéaste revient en Irak deux semaines après l’invasion américaine. Barrages sur les routes, files de voitures blindées, bâtiments administratifs détruits, station de radio bombardée malgré les conventions internationales, services de transports qui ne fonctionnent plus .La vie se poursuit, dans le chaos de l’après guerre, agressions, vols, enlèvements : des gens s’arment. Si la parole s’’est libérée en même temps que les statues de Saddam Hussein étaient détruites, la vie à Bagdad n’est pas plus facile et une des rares choses que les pillards ne volent pas, ce sont les livres, assure un des vendeurs de la rue des bouquinistes. En revanche, ils se sont attaqués aux studios de cinéma de Bagdad. On constate les dégâts en compagnie de l’ami du cinéaste, Sami Kaftan, un acteur très connu : projecteurs détruits, bobines de films abimées, vêtements et accessoires déchirés, chaises qui « auraient pu raconter toute l’histoire du cinéma irakien » cassées «On peut se venger d’un régime, mais pourquoi se venger d’une culture? Pourquoi?», déplore l’acteur en ramassant des monceaux de pellicules de films jonchant le sol. « Plonger un lieu de lumière dans les ténèbres ! «  J’espère que les ténèbres ne vont pas durer. ». L’obscurité est encore plus profonde aujourd’hui !

Pendant presque 6 heures, on aura eu l’impression de partager le quotidien de cette famille irakienne qui va connaitre comme d’autres un drame affreux : la mort de Haydar, ce garçon attachant, espiègle, qui nous est annoncée dès le 1er volet pour nous éviter un choc trop brutal à la fin du film.

Abbas Fahdel a eu besoin de ces dix années pour pouvoir regarder les 120 heures d’images qu’il avait tournées entre février 2002 et Juillet 2003 et en faire Homeland –Irak année zéro, dont le titre évoque évidemment le film de Rossellini et dont ne sort pas indemne.

Il espérait qu’après le film nous connaissions un peu mieux l’Irak. C’est chose faite!

ANNIE GAVA
Janvier 2016

Homeland : Irak année zéro a été présenté en avant-première le 31 janvier 2016 en présence du réalisateur Abbas Fahdel, de la distributrice du film, Isabelle Benkemoun de Nour films et de Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak et du monde arabe.

Le public, très nombreux, aurait aimé échanger avec les invités à l’issue de la projection. L’heure de fermeture du MuCEM ne l’a pas permis. On peut le regretter mais vous pouvez écouter Abbas Fahdel sur WRZ

Le film sort en salles le 10 février.

Il est au programme des Rencontres de Manosque le 4 février

Il sera projeté à l’Alhambra CinéMarseille le 20 février, à l’Institut de l’Image à Aix du 14 au 20 février

Photo © Nour films