Claudia Solal et Benjamin Moussay au Petit Duc dans le cadre de Jazz sur la Ville

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Claudia Solal et Benjamin Moussay au Petit Duc dans le cadre de Jazz sur la Ville - Zibeline

La particularité de la chaîne web du Petit Duc est de nous mettre dans les conditions du concert. On se met devant son écran un quart d’heure avant la représentation, un code et le tour est joué, le spectacle commencera à l’heure dite, 20h30, les artistes nous savent de l’autre côté des caméras, s’adressent à nous. Et, lors du « quart d’heure aixois » qui suit la représentation ils évoqueront leur démarche et leurs projets avec Gérard Dahan, tandis que Myriam Daups lira les commentaires du public et sera son intermédiaire pour transmettre ses questions. Le lieu s’adapte avec talent aux aléas actuels, maintient sa programmation, et s’inscrit aussi dans les évènements tels que Jazz sur la Ville.

Le concert planant d’Olivier Ker Ourio et Emmanuel Bex en duo, respectivement à l’harmonica chromatique et aux claviers, nous plongeait dans un univers éthéré empreint d’onirisme et de poésie. Puis Claudia Solal duettise avec Benjamin Moussay, complices depuis quinze ans, au cœur de leur toute nouvelle création Punk Moon. La voix de la chanteuse passe par tous les registres, s’élance sur les ailes d’une mélodie, se murmure, prend le ton des confidences, s’éraille, rauque, bouleversante, dessine des univers intimes, croque un paysage sonore, nous entraîne en un voyage poétique où la vie se décline en une alchimie vibrante. Une subtile ironie s’immisce entre les lignes, mettant à distance ce qui pourrait être par trop émouvant. « J’ai l’impression de traverser une autobiographie », s’exclame l’artiste. Le piano surmonté d’une console nourrit le propos de ses trouvailles, craquettements de pluie dans l’intro d’Oxydation, respiration large pour In the Ocean, sirènes de bateaux, perspectives sonores jusqu’à saturation… en une inventivité qui emprunte au jazz, aux musiques contemporaines, en un patchwork coloré. Une humanité ouverte qui s’indigne des travers des hommes, Slow War, (Guerre lente) démontre sans syllogisme que faire la guerre aux autres c’est la faire à soi-même… « La musique est mythologique par nature » sourit Claudia Solal. Ce temps suspendu tient de celui des légendes…

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2020

Concerts donnés sur la Chaîne Web du Petit Duc (Aix-en-Provence) les 20 & 27 novembre dans le cadre de Jazz sur la Ville.

Photographie : Benjamin Moussay et Claudia Solal © Eric Hadzinikitas