Le Musée au Cinéma

Quand le MuCEM s’invite à l’AlhambraVu par Zibeline

Le Musée au Cinéma - Zibeline

Les 30 nov et 1er déc le futur musée a présenté au public du cinéma ses projets et, en organisant projections et débats, a préfiguré ce qui se passera dans cette «Cité culturelle transdisciplinaire où se conjuguent le temps de la parole, le temps des images et le temps des spectacles». Bruno Suzzarelli et Thierry Fabre ont présenté la Galerie de la Méditerranée et les premières expositions ; et le Fort St Jean, le Centre de conservation et de ressources, coulisses du musée.

Ils ont précisé leurs choix culturels ainsi que leurs projets de programmation hors exposition : les Intensités de l’été commenceront par trois jours autour de Marseille Transit en écho avec Anna Seghers, deux soirées de rencontres sur Pourquoi Camus, des ciné-concerts et des spectacles en partenariat avec d’autres structures… Puis tout le monde a été convié à la projection du film d’Avi Mograbi, et dans un jardin, nous sommes entrés !

Vive Avi et Ali

Au départ, Avi Mograbi se demande en quelle langue il aurait parlé avec son grand-père devant leur maison de Damas en 1920. Avi parle peu l’arabe et son grand-père n’a pas encore appris l’hébreu ! Le cinéaste, à la quarantaine, commence l’apprentissage de l’arabe et propose à son professeur, le Palestinien Ali Al-Azhar, d’écrire et réaliser avec lui. «J’avais pensé suivre l’histoire d’un cousin de mon père, Marcel, un personnage étrange, qui ne comprenait pas l’idée même de frontière.» Mais Avi et Ali se racontent leur histoire respective, tout en filmant et c’est passionnant. «D’histoire en histoire, à la fin, on n’avait pas parlé de Marcel» plaisante Avi. Peu importe, car tous les deux sont de vrais personnages ! À l’Alhambra ils parlent avec passion et beaucoup d’humour de questions graves «Je suis Palestinien, citoyen israélien et je demande à avoir tout ce qu’Avi a, ni plus, ni moins !» dit Ali avec le sourire. Les séquences avec la jeune Yasmine, la fille d’Ali qui parle du racisme à l’école, les lettres, filmées en super 8, qui racontent l’histoire d’amour et la séparation d’un homme et une femme, libanais et juifs, déchirés par les frontières du Moyen-Orient redessinées, renvoient au réel, présent et passé. Un film sur la traversée des frontières, sur la langue qui sert à communiquer mais aussi à dominer, qui parvient pourtant, grâce à Ali et Avi, à donner un peu d’espoir.

Tapis volant

La veille, l’Alhambra résonnant de babils enfantins, affichait complet. Des élèves des quartiers nord, leurs parents, leur fratrie, même les tout petits, la tête déjà lourde de sommeil, étaient venus assister à un ciné-concert exceptionnel. Les aventures du prince Ahmed, accompagnées pendant 1h05 par les huit musiciens du Khoury Project. Deux séances furent nécessaires pour accueillir ce public nombreux.

En amont de ce succès, le long travail accompli par l’équipe de William Benedetto et la toute récente collaboration du cinéma de St Henri avec la responsable du pôle cinéma du MuCEM, Geneviève Houssay. Quel heureux choix que ce petit bijou de 1926, premier long-métrage d’animation de l’histoire du cinéma, admiré par Jean Renoir, René Clair, Louis Jouvet, et qui plus est, réalisé par une femme, pionnière en son temps, Lotte Reiniger ! Film étonnamment moderne dont le générique fait penser à celui d’un James Bond, où la stylisation conduit par moments à l’abstraction. Sur des fonds bleus, verts, jaunes, violemment éclairés, se détachent en ombres chinoises les silhouettes du prince Ahmed, d’Aladin et de sa lampe, des princesses en dentelles, du Mage africain et des démons griffus. Des bouts de papier découpés, une imagination formelle éblouissante, une minutie d’orfèvre. Et la magie opère. Petits et grands, initiés et profanes voyagent ensemble sur le tapis volant des Mille et une nuits. Shéhérazade brode des histoires gigognes. Loin de la partition originale pour orchestre philharmonique, les trois frères Khoury brodent, dialoguant avec cinq jazzmen français embarqués dans l’aventure. Leur musique épouse la chorégraphie des ombres en cinq actes. Oud, qanûn, violon oriental, percussions se mêlent aux variations free du saxo, au feulement du trombone, aux pulsations de la contrebasse. Une proposition répondant à un engagement qui à l’Alhambra sonne comme un credo : celui de la qualité, pour tous.

ANNIE GAVA et ELISE PADOVANI

Décembre 2012

Alhambra
2 rue du Cinéma
13016 Marseille
04 91 46 02 83
http://www.alhambracine.com/