Les Nuits Flamencas d'Avignon, ou quand le Duende surgit...

Quand le Flamenco fascineVu par Zibeline

Les Nuits Flamencas d'Avignon, ou quand le Duende surgit... - Zibeline

« Le duende aime le bord de la plaie et s’approche des endroits où les formes se mêlent en une aspiration qui dépasse leur expression. » Chaque fois que le spectacle de flamenco enflamme l’âme, les mots de Federico García Lorca, son Jeu et théorie du Duende, reviennent. Comment mieux parler de cela, de cette approche de la mort et du désir, de cet art qui déjoue et satisfait pourtant les attentes, de ce tragique sans dénouement et sans désespoir, de cette beauté rocailleuse et fière, populaire jusqu’au bout des poignets qui se brisent, du menton qui se relève, des pieds qui frappent dans une frénésie si maitrisée qu’elle s’accélère régulièrement, et cesse d’un coup sec ?

Le spectacle de flamenco est fragile. Parce que le Duende, indéfinissable, en est souvent absent. Mais lorsqu’il survient, toujours aussi intangible, quelque chose comme l’essence populaire de l’art apparaît. Lorsqu’Olga Pericet et ses musiciens donnent de leurs corps et de leurs voix sur scène, l’émotion surgit aussitôt. Parce que la technique est là ? Sûrement : une guitare virtuose, deux voix d’hommes, basse et aiguë, rauque et plaintive, qui se complètent, une danseuse qui maîtrise parfaitement son art, vitesse, impulsion, placement, et un spectacle rodé, minuté, où chaque regard est lentement posé. Parce que l’invention s’y joint ?

Évidemment, loin de la tradition et y puisant pourtant, ils installent le temps, quadrillent l’espace, introduisent une bande électronique, et elle, en pantalon ou enroulée dans un châle à longues franges, sait inventer une nouvelle image de la bailerina, échevelée et musculeuse. Mais tout cela ne suffirait pas. Loin de la muse ou de l’ange froids, comme dirait Lorca, la voix du Duende, la danse du Duende plongent dans la plaie, gémissent, râpent, et tout se tend, s’approfondit, et souffre, et donne. Les spectateurs s’en saisissent, tendus vers eux. Une magnifique soirée flamenca.

AGNES FRESCHEL
Juin 2017

Mosaico d’Olga Pericet a été joué au Chêne Noir, Avignon, le 19 mai dans le cadre des Nuits Flamencas

Jeu et théorie du Duende, de Federico García Lorca, a été lu au Théâtre Girasole, Avignon, le 20 mai, par Las Compañeras

Photo : Olga Pericet © Buitriago De Lozoya