Les Années sans soleil, quatrième roman de Vincent Message, proclame la puissance de la littérature

Quand la vie se resserreLu par Zibeline

Les Années sans soleil, quatrième roman de Vincent Message, proclame la puissance de la littérature - Zibeline

Elias Torres, écrivain confidentiel, libraire à temps partiel, vit à Toulouse avec Camille et leurs deux enfants, Maud qui va bientôt passer le bac et le tout jeune Diego. Sa vie suit un cours paisible, agrémenté d’escapades à la campagne, de randonnées à vélo, de soirées amicales animées, de réjouissantes lectures… même s’il peine à trouver le sujet de son prochain livre, et du temps pour s’y consacrer. Et puis, un certain mois de mars, cette existence somme toute banale -mais stable et réconfortante- se trouve bouleversée par les mesures d’urgence et de confinement.

Dans Les Années sans soleil, son quatrième roman, comme dans les trois précédents, Vincent Message continue d’articuler l’intime et le social, observant de l’intérieur, selon un prisme individuel (et au niveau d’un petit groupe), les effets de certaines crises. Ici la pandémie et ses répercussions sur Elias et sa famille, contraints à une vie en vase clos d’abord, puis à des restrictions de sortie. Ce resserrement de la vie, c’est ce qui angoisse le plus le narrateur. Au point qu’il réaménage la cave, afin de pouvoir s’y isoler, puis transgresse les limitations de sortie, au risque de payer l’amende forfaitaire. Pour tromper l’anxiété, les insomnies à répétition, Elias se documente également sur les pires années de l’histoire de l’humanité et découvre l’existence d’une période, au VIe siècle, durant laquelle le soleil a cessé de briller pendant plus d’un an, ce qui a conduit à des désastres.

L’histoire de ces « années sans soleil », ce pourrait être l’argument de son livre à venir. Sauf que certains événements vont le conduire ailleurs… Dans cette narration inquiète, tendue par le sentiment d’étouffer sous les restrictions, d’y laisser sa liberté, de tout perdre dans la tourmente, le lecteur ne peut que se retrouver. Ces inquiétudes, nous les avons tous, à des degrés divers, ressentis. Et visiblement, ce n’est pas terminé. Alors le roman prend une saveur particulière : il proclame la puissance de la littérature pour combattre le marasme. Il montre aussi que « du nouveau » peut toujours entrer dans la vie, même quand on n’y croyait plus. Une note d’espoir, revigorante par les temps qui courent.

FRED ROBERT
Janvier 2022

Les Années sans soleil
Vincent Message
Éditions du Seuil, 19 €