Vu par Zibeline

Les Bêtes d'Alain Timár au théâtre des Halles d'Avignon, une machinerie de la cruauté parfaitement huilée

Quand la toile se fend…

• 11 février 2016⇒14 février 2016 •
Les Bêtes d'Alain Timár au théâtre des Halles d'Avignon, une machinerie de la cruauté parfaitement huilée - Zibeline

Les Bêtes, la nouvelle pièce d’Alain Timár, montée « en accord avec Les Déchargeurs/Le Pôle diffusion », a tout de la parfaite production promise à un avenir radieux. Des acteurs solides, connus et repérés au théâtre et au cinéma, issus du vivier parisien (un choix légitime, voire astucieux, même si le metteur en scène avait habitué à de belles découvertes en castant des comédiens de la région) ; une mise en scène sérieuse, sans vague, maline ; un décor très plastique d’appartement bourgeois impersonnel qui se transforme en champ miné (et entaille au passage l’art contemporain) ; une musique originale, un brin rageuse, calibrée, qui fait le job (Chantal Laxenaire) ; un texte un poil ambigu sur le rapport social (Charif Ghattas) ; jusqu’à la durée d’1h30, tip top ! À l’œuvre sur le plateau, trois « bêtes » qui agitent le jeu cruel des mondanités et des faux semblants, de la méchanceté gratuite, des ragots, auquel se mêle une fine dose d’adultère et de mœurs olé olé, et puis la solitude, l’ennui, l’hypocrisie, les aveux, et le huis clos qui finit mal ! Une mécanique parfaitement huilée… même si le format n’apporte pas de grande surprise. « C’était bien ? Oui vraiment bien ! », se rassure le couple de « nantis » qui trompe son monstrueux ennui en débitant (sur) ses invités. Il y a la femme Line (Maria de Medeiros), toute en séduction perchée sur 12 cm de talons qui enchaine les robes monochromes, le mari Paul (Manuel Blanc), plein aux as, nerveux, vacillant sur ses jambes, qui disperse au sol ses verres vides, et le clochard « invité pour épater la galerie » Boris (surprenant Thomas Durand), qui refuse la pitié mais accepte gite, couvert et pyjamas, et plus si affinités, manipulateur-manipulé de la bien-pensance. Un vrai trio de comédie cinglante mené par un couple qui ne survit que par sa médisance et ses lubies, deux humains inhumains qui s’ennuient à mourir et retournent leur veste aussi vite qu’une balle de tennis… mais pas jusqu’à se laisser humilier par un « baiseur-né qui couche avec la terre entière ». C’était bien ? Oui vraiment bien ! Manque plus qu’un petit grain pour faire dérailler ces « bêtes » qui jouissent en refaisant le film de leur cruauté.

DELPHINE MICHELANGELI
Février 2016

Les Bêtes se joue au théâtre des Halles, à Avignon, du 11 au 14 février. Il sera repris au festival Off d’Avignon au mois de juillet.

photo : © Ifou pour le Pôle media


Théâtre des Halles
4 rue Noël Biret
84000 Avignon
04 90 85 52 57
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