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"Ma dévotion" quatrième roman de Julia Kerninon

Quand la parole se libère…

Le quatrième roman de Julia Kerninon est une histoire d’amitié et d’amour qui a duré 45 ans entre Londres, Rome, Amsterdam et la Normandie, et qui ressurgit, intacte, 23 ans après une rupture violente qui ne trouvera son explication que dans les toutes dernières pages. Ample roman, son plus long (300 pages), qui se déploie en 8 parties et de courts chapitres, parfois réduits à une ou deux phrases au milieu de la page, un travail d’écriture précis et la recherche d’un rythme, essentiel pour cette jeune auteure venue du slam. La recherche aussi de la place et de la voix de la narratrice : c’est Hélène qui s’adresse à Frank ; à la deuxième personne, donc. Choix qui donne une profondeur supplémentaire au récit. De nos jours, à Londres, Hélène retrouve dans la rue son ami d’enfance et amour éternel : Frank Appeldore. Ils ont 80 ans. Elle décide de prendre la parole, enfin, et là sur un trottoir, elle lui raconte et « se » raconte leur rencontre, puis leurs vies partagées. Ils s’étaient connus à 12 ans, à Rome, tous deux enfants de diplomates anglais détestant leur famille. Dès ce moment ils sont complices et deviendront plus tard amants. Hélène obtient d’aller vivre à Amsterdam avec Frank dans la maison de sa mère pour se consacrer à la littérature, tandis que Frank se cherche. « Veiller sur toi serait ma destinée. » L’odeur de la térébenthine dans l’atelier d’un ami le lance dans la peinture à 28 ans. Il rattrape son retard avec acharnement et connaît rapidement un grand succès, grâce à une très belle galériste, avec laquelle il aura une histoire tout en conservant son atelier chez Hélène. En fait ils n’ont jamais clarifié ni nommé leur relation, sans dire l’essentiel. Amants de temps en temps, mais tissant d’autres liens amoureux par ailleurs. Hélène s’est même mariée à 37 ans avec un architecte, le parfait négatif de Frank. Ils se retrouveront cependant, elle sera sa sœur, sa gouvernante, l’aimant toujours d’amour, sans le dire, consacrant sa vie au service de cet homme séducteur dont la peinture la fascine. Un jour survient le drame qui a provoqué leur séparation définitive révélant chez Hélène une noirceur inattendue.

CHRIS BOURGUE
Décembre 2018

Ma dévotion Julia Kerninon

La brune au Rouergue, 20 €