Vu par ZibelineL'histoire de la Camargue exposée au Musée départemental Arles Antique jusqu'au 5 juin

Quand il la prend dans ses bras…

• 12 décembre 2015⇒5 juin 2016 •
L'histoire de la Camargue exposée au Musée départemental Arles Antique jusqu'au 5 juin - Zibeline

La Camargue s’alanguit entre les bras du Rhône. L’eau dort-elle ? Pas si sûr. L’archéologie dévoile des facettes inattendues et surprenantes sur l’histoire de cette terre d’entre les eaux…

Le fleuve des caprices s’est bien assagi, endigué, dragué, canalisé par l’activité humaine. Il n’en a pas toujours été ainsi, comme le montre avec éloquence la carte interactive qui ouvre au musée de l’Arles antique, l’exposition Camargue Archéologie et territoire, Enquêtes sur un Rhône disparu. Depuis 4 000 ans av. J.-C., la côte s’est transformée et a fait reculer la mer, grâce à l’apport des alluvions charriées par les bras du delta du Rhône. Leur nombre et leur situation géographique n’a cessé d’évoluer. «Un delta est quelque chose de vivant» souligne Claude Vella, géomorphologue au Cerege*, l’un des commissaires scientifiques de l’exposition aux côtés de Corinne Landuré, conservateur au service régional de l’Archéologie et de Marion Charlet, archéologue médiéviste. Les travaux présentés sont d’une remarquable originalité, croisant archéologie et géomorphologie (science qui unit géographie et géologie). La relation entre l’activité humaine et les variations physiques de l’environnement est exposée ici de manière exemplaire, nous poussant d’abord à renoncer à l’imagerie naïve d’une Camargue exclusivement dédiée aux manades et aux flamants roses. Installations agricoles, pêcheries, ports, lieu de culte, canal, plus de cent sites offrent des objets d’étude et de découvertes aux chercheurs, dans le cadre d’une vivifiante pluridisciplinarité, de l’archéologie à la géographie en passant par les géologues, les spécialistes des sciences de la nature, les paléoécologues, les anthracologues, les palynologues, les malacologues, les ostracologues… (ouf !). Ce sont plus de vingt ans de fouilles et d’observations qui se retrouvent sur les deux rives de l’exposition qui serpente dans la salle, à l’instar du fleuve, s’offrant même le luxe d’un observatoire perché d’où l’on peut admirer en plongée le pavement délicatement réticulé de la Tour du Valat, du 1er siècle av. J.-C. Le fleuve présenté appartient à notre imaginaire autant qu’aux recherches, le Rhône d’Ulmet a aujourd’hui disparu. Les eaux voyagent. Les murs de l’exposition se tendent de miroirs, jeu de reflets où les silhouettes des visiteurs, éphémères, se mêlent aux vestiges, mouvements aquatiques où résonnent les voix des archéologues dont on peut regarder les travaux in situ sur des écrans incrustés le long des rives blanches du parcours. Quatre sites sont présentés, évoquant chacun un lieu significatif, le village de la Capelière, installé depuis le Ve siècle avant notre ère, et ses différentes phases d’occupation (la plus longue connue en Camargue), rythmées par la mobilité des chenaux et les inondations ; le grand parc, petit établissement agricole du 1er siècle de notre ère, consacré à l’élevage ovin et aux salaisons ; le port d’Ulmet (V et VIe siècle ap. J.-C.) essentiel au trafic entre la mer et Arles ; l’abbaye cistercienne d’Ulmet, (fin du XIIe), dotée d’un farot (système en chaîne, destiné à lancer l’alarme, par un feu la nuit et une fumée le jour). Peu d’objets, mais l’émouvante présence de jarres réparées, d’un dé oublié, d’une assiette peinte, de quelques blocs de pierre (il en reste peu sur place, tout est réutilisé !), évoquent et questionnent le temps et les strates enfouies. La mémoire des lieux se double de celle des pionniers de la recherche archéologique en Camargue, des méthodes qui permettent de dater, de restituer… Il est bon de s’attarder, de lire, d’observer, d’user des moyens interactifs mis à disposition du public, puis de se plonger dans le catalogue de l’exposition, modèle de vulgarisation scientifique.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2016

Camargue Archéologie et territoire, Enquêtes sur un Rhône disparu
jusqu’au 5 juin
Musée départemental Arles Antique

Catalogue La Camargue, Au détour d’un méandre
sous la direction de Corinne Landuré, Claude Vella, Marion Charlet
édité par Département des Bouches du Rhône et le Musée départemental Arles Antique, 33 €

*Cerege : Centre européen de Recherche et d’Enseignement des géosciences de l’environnement

photo : © Fou du Rhône (Anaglyphe) n°1, Philippe Rigaud © Mireille Loup, 2015

 

Musée Départemental Arles Antique
Avenue 1e-Division-France-Libre
Presqu’île du Cirque Romain
13200 Arles
04 13 31 51 03
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