Vu par Zibeline

Beau concert de l'Orchestre Philharmonique de Marseille, au Pharo, dans Smetana, Beethoven et Martinú !

Quand deux tubes planétaires encadrent deux œuvres surprenantes !

Beau concert de l'Orchestre Philharmonique de Marseille, au Pharo, dans Smetana, Beethoven et Martinú ! - Zibeline

Lorsqu’un programme annonce La Moldau de Smetana et la Vème symphonie de Beethoven, on se dit qu’on a entendu ces œuvres 1000 fois ! Que pouvons-nous apprendre encore ? Mais finalement, elles sont assez peu programmées et on reste dans une mémoire réductrice de quelques passages connus. Quel plaisir d’entendre en live la beauté des phrases de Smetana, thème au legato et au lyrisme majestueux, symbolisant ce fleuve de l’ancienne Bohême, la Vltava (Moldau pour les allemands) qui traverse Prague, mais aussi le grand thème-choral des cuivres ! Et les développements thématiques de la Vème, ou le thème fugué du Presto final, avec l’énergie des violoncelles, repris par les alti et les violons pour un tutti brillant.  Pour la mémoire collective, l’œuvre pourrait s’arrêter après le célébrissime motif d’introduction, en do mineur, baptisé thème du destin : sol-sol-sol-mi bémol/fa-fa-fa-ré ! Mais quelle jouissance d’entendre et de voir se développer les thèmes puissants de la forme sonate qui suit. Lawrence Foster est en grande forme, gestes sûrs, amples puis secs et incisifs, dirigeant un Philharmonique de Marseille de très bonne qualité aussi, sachant se sublimer devant ces incontournables de la musique « classique ».

Mais la vraie la surprise vient des deux concertos de Martinù : le Concerto pour deux violons avec les deux sœurs, d’origine roumaine : Sarah et Deborah Nemtanu. Écriture assez convenue à l’orchestre, mais étonnamment plus complexe aux violons solistes, chaque entrée donnant lieu à des prouesses techniques incroyables. Les solistes se tirent à merveille de ces pièges techniques et impriment de beaux accents à cette page peu jouée. Le sommet arrive avec le Concerto pour deux pianos du même Martinù : Mari et Momoyo Kodama sont exceptionnelles ! L’écriture est beaucoup plus exigeante : expressionnisme poussé à l’extrême, entraînant d’âpres dissonances rappelant Bartók, flot incessant de gammes, arpèges, sauts d’intervalles, mais des pauses aussi avec ce dernier mouvement quasi impressionniste, touches effleurées par les musiciennes japonaises, diaboliques d’aisance et de finesse : final étourdissant !

Deux « tubes » qu’on se plaît, finalement, à toujours entendre et deux surprises étonnantes de l’École tchèque à redécouvrir encore !

YVES BERGÉ
Avril 2016

Concerts de l’Orchestre Philharmonique de Marseille, le 1er avril. Auditorium du Pharo

Photo : Sarah & Deborah Nemtanu © Marco Borggreve


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