Retour sur le film de Claudia Sainte-Luce, Les Drôles de Poissons-Chats, projeté au festival nouv.o.monde de Rousset

Quand Claudia rencontre MarthaVu par Zibeline

• 16 mars 2014 •
Retour sur le film de Claudia Sainte-Luce, Les Drôles de Poissons-Chats, projeté au festival nouv.o.monde de Rousset - Zibeline

Premiers plans du premier long métrage de la réalisatrice mexicaine, Claudia Sainte-Luce : le visage grave d’une jeune femme qui se réveille (Ximena Ayala) dans un tout petit appartement. Elle trie consciencieusement des céréales colorées, retirant celles de couleur mauve. Pourquoi ? On ne le saura pas. On la suit jusqu’au centre commercial où elle fait goûter des saucisses ; plus tard, ce sera une démonstration de cire épilatoire (!), payée chichement au produit vendu. Une vie solitaire et monotone. Une hospitalisation pour appendicite va bouleverser ses habitudes et sa vie. Compagne de chambre de Martha (Lisa Owen), gravement malade mais pleine de joie de vivre, avec qui elle se lie d’amitié, elle va peu à peu devenir indispensable à sa tribu. Et c’est en suivant Claudia qu’on va découvrir peu à peu les habitudes, les failles et les blessures de chacun des enfants, nés de pères différents, partageant les repas, les confidences et les séjours à l’hôpital. «Pourquoi restes-tu avec nous ?» demande Wendy, l’adolescente boulimique, qui a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Le spectateur l’apprendra un peu plus tard. Claudia a aussi ses blessures secrètes. «Si je pouvais, je changerais mon visage, ma famille et toute ma vie !» avoue-t-elle à l’aînée de la famille, Ale, qui lui a confié sa rupture avec son ami.
Dans ce film dont l’histoire se déroule dans une grande ville du Mexique -l’évocation de rapts d’enfants ou de prises d’otages nous le rappelle-, Claudia Sainte-Luce traite avec beaucoup de pudeur de thèmes universels, la solitude, la maladie et la mort, mais aussi l’amitié et la générosité. À travers des personnages superbement interprétés, elle met en évidence l’énergie de vie qui est en chacun de nous, en particulier dans les scènes où Claudia apprend à Armando, le seul garçon de la famille, ce qu’est un baiser, ou la séquence où la famille -le poisson rouge, cadeau de Claudia à Armando compris- s’entasse dans une «coccinelle» jaune pour deux jours de vacances à la mer, comme si tout était encore possible, comme si Martha n’allait pas mourir ; un moment solaire où l’on se baigne et où l’on joue à faire dans le sable un drôle de poisson chat.
La lettre de la mère en voix off, qui s’adresse à chacun des enfants et à Claudia, n’était peut-être pas indispensable pour terminer ce film touchant, magistralement filmé par Agnès Godard.

ANNIE GAVA
Mars 2014

Les Drôles de Poissons-Chats (Los insólitos peces gato) de Claudia Sainte-Luce, primé à Locarno, Toronto et Biarritz, a été projeté en avant-première le 16 mars à nouv.o.monde, le Festival Cinéma de Rousset organisé par Les Films du Delta  qui s’est déroulé du 13 au 16 mars. Le film sera en salles le 28 mai

Les Films du Delta, Rousset
04 42 53 36 39
www.filmsdelta.com

Photo : Les Drôles de Poissons-Chats de Claudia Sainte-Luce © Pyramide Films