Les Voix Animées subliment l'abbaye du Thoronet entre Pierres et Mer

Pureté baroqueVu par Zibeline

Les Voix Animées subliment l'abbaye du Thoronet entre Pierres et Mer - Zibeline

Renouant avec la scène grâce à un mécénat éclairé, le bel ensemble vocal Les Voix animées revenait sous les voûtes romanes de l’Abbaye du Thoronet dans le cadre de leur neuvième cycle de concerts Entre Pierres et Mer, avec des chants sacrés de la Renaissance et de l’époque baroque. En un ensemble parfait, depuis son entrée masquée, aux costumes de scène, les huit chanteurs en présence, Amelia Berridge, Sterenn Boulbin, sopranos, Isabelle Schmitt, Raphaël Pongy, altos, Marco Van Baaren, Eymeric Mosca, ténors, Cyril Costanzo, basse et Luc Coadou, basse et directeur musical, s’attachaient à un programme bâti sur un répertoire issu de la « Capilla flamenca » (Chapelle flamande), fondée par les Habsbourg aux débuts du XVIème siècle sous le règne de Charles Quint, institution qui rassembla les plus grands musiciens de l’époque et insuffla son esprit aux musiques des autres chapelles d’Europe avant que le style venu des cours de Vénétie et d’Italie ne viennent influencer celui des contrées nordiques.

Le titre du concert« Flos Campi »,  « fleur des champs », tire son nom du  dernier morceau interprété, Ego Flos campi de Jacobus Clemens non Papa (compositeur au sobriquet cocasse, le « non Papa » spécifiant qu’il n’est pas le Pape, malgré son prénom), plaçant le spectacle sous le signe de la simplicité, et d’une pureté originelle rappelant le Cantique des Cantiques du Roi Salomon, « Je suis une fleur des champs, un lys des vallées… ». Cette manière d’apprivoiser le monde débute dès les premières notes des sopranos du Duo Seraphim de Gregor Aichinger. Les harmoniques semblent s’accorder aux pierres, jouent avec l’architecture, enserrée dans les sonorités qui semblent l’incorporer à la partition. Monde vibrant d’une complice unité où tout vit et respire, transcendé par le chant des deux Séraphins. L’assistance en est transportée, n’ose les applaudissements qui habituellement viennent cueillir les finales, mais se laisse séduire par les variations, les notes tenues aériennes, les basses continues, les canons, les reprises, les élans dont la délicatesse s’affirme par la sûreté des voix, les silences où résonnent encore les mélodies savamment tissées de Josquin des Prés, Thomas Crecquillon, Pierre de Manchicourt, Nicolas Gombert, Philippe de Monte, Philippe Rogier… Tous les registres se nouent au cœur des trames subtilement dessinées, la joie répond aux pleurs, l’assurance de la beauté du monde aux inquiétudes humaines, l’espièglerie à la gravité…

À un public debout, l’ensemble qui nous a fait côtoyer une éternité lumineuse offre une pièce de Nicolas Gombert, Mille regrets de vous abandonner… En effet !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert donné la 13 août à l’abbaye du Thoronet, dans le cadre du cycle Pierres et Mer.

Photographie © MC