Marie NDiaye signe un nouveau grand roman

PuissanteVu par Zibeline

Marie NDiaye signe un nouveau grand roman - Zibeline

On ressort de La vengeance m’appartient comme de tous les grands romans de Marie NDiaye : en proie à un rare et étrange état de ravissement. Il est en effet souvent question, chez Marie NDiaye, de ravissement : de l’éblouissement d’un personnage par un autre, mais aussi de son assujettissement total. Le ravissement exercé par la famille Principaux sur Me Susane oscille entre ces deux natures, sans que la possibilité de trancher entre ces deux penchants ne soit réellement donnée au lecteur. Lorsque Me Susane se voit confier la défense de Marlyne Principaux dans une sordide affaire de matricide, surgissent sans fin souvenirs, fantasmes, ébauches d’interrogatoires et de plaidoiries que l’auteure prend soin de ne jamais démêler. Opaque et mystérieux, le roman se construit au fil de la pensée insaisissable et inquiétante de cette avocate perdue entre deux mondes. Celui de la famille modeste d’où elle vient, et qu’elle pense retrouver en Sharon, jeune femme mauricienne sans papiers envers qui elle ressent tour à tour amitié, admiration et condescendance. Et celle de cette grande famille bordelaise aux belles maisons et aux lourds secrets, à laquelle Me Susane aurait eu affaire, quand elle était commodément trop jeune pour s’en souvenir. Des quelques propos de Gilles et Marlyne Principaux aux échanges entre Sharon et Me Susane rappelant, dans leur sous-texte, la relation de madame Lemarchand à Hilda, une tension irrésistible demeure. La culpabilité se fraie toujours un chemin dans cette étrange affaire qui prend soin de ne jamais énoncer clairement ses enjeux. Le langage se désarticule, laissant à nue une pensée d’autant plus puissante qu’elle semble toujours nous échapper. Et ne cesse pourtant de nous fasciner.

SUZANNE CANESSA
Avril 2021

La Vengeance m’appartient
Marie NDiaye
Éditions Gallimard, 19,50 €