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Algeroid d'Abed Abidat, aux Éditions Images Plurielles

Profonde Alger

Algeroid d'Abed Abidat, aux Éditions Images Plurielles - Zibeline

Abed Abidat, fondateur des Éditions Images Plurielles, poursuit son exploration de la ville d’Alger et publie un recueil de photographies d’un type particulier. Pour constituer Algeroid, l’artiste a sillonné la ville durant trois ans, avec un appareil Polaroïd : le modèle 330, datant de la fin des années 1960. Chaque personne photographiée s’est vue remettre le cliché instantané, Abed Abidat n’en conservant que le négatif, qu’il restitue sans le retoucher dans l’ouvrage.

Son Alger, c’est donc avant tout une humanité frontale, qui se prête au jeu du portrait, le temps d’un échange de regards. Des hommes, pour la plupart (« Une photographe aurait pu aborder plus de femmes », précise-t-il) acceptent de poser dans leur cadre quotidien, droits devant l’objectif. Un poissonnier en marinière, un barbier en pleine action, un maraîcher rêveur, un flâneur des rivages… Quelques enfants aussi, de gracieuses fillettes et des petits très affairés, dans les rues de la ville blanche, souvent comparée à Marseille (« leur grand point commun, ce sont les immeubles délabrés »). Le procédé technique, qui produit des images légèrement saturées, aux rouges très rouges, aux sépias appuyés, et maintient les rayures et surexpositions du négatif, apporte un côté intemporel aux images. Ce chat qui joue dans des filets de pêche avec un poulpe plus gros que lui, ce bélier broutant de la paille dans une cagette en plastique, ce petit singe perché sur l’épaule juvénile de son maître ajoutent à l’impression d’éternité : ils auraient pu vivre au temps où la cité n’était qu’un comptoir phénicien en pays berbère. Alger la contemporaine a les racines profondes d’une ville fondée au IVe siècle avant notre ère, tout comme Massilia était une colonie grecque il y a 2 600 ans… et ce ne sont pas quelques antennes paraboliques défigurant les façades, ou des hordes de touristes pressés, qui les rendront superficielles.

GAËLLE CLOAREC
Février 2019

Algeroid
Photos : Abed Abidat / Texte : Samir Toumi
Éditions Images Plurielles, 25 €