Julien Gelas ancre son Horla dans un XXIe siècle en pleine mutation

Pris aux tripesVu par Zibeline

Julien Gelas ancre son Horla dans un XXIe siècle en pleine mutation - Zibeline

En 1887 paraissait Le Horla dans sa version définitive, chef-d’œuvre de la littérature fantastique qui, sous la forme d’un journal intime, raconte l’aventure singulière et effrayante d’un homme en prise avec une entité invisible qui peu à peu le rend fou. Mise en scène et adaptée par Julien Gelas, l’œuvre de Maupassant prend une dimension différente en s’ancrant dans un XXIe siècle en pleine mutation, connecté et souvent très virtuel.

Plus de 130 ans après, voilà que les mots de Maupassant résonnent encore, incroyablement prophétiques, s’appuient sur la capacité qu’a l’être humain de se remettre perpétuellement en question, de tester les limites de ses connaissances, de ses croyances et de sa raison. Ici le personnage n’est plus un riche propriétaire terrien mais un chef d’entreprise travaillant, avec ses collaborateurs, à mettre au point une intelligence artificielle hyper développée, à même de répondre à tous les questionnements, croisant les algorithmes à l’infini pour y arriver. Entre l’homme et la machine l’entente est parfaite, il questionne elle répond, jusqu’à ce qu’une fièvre tenace lui fasse peu à peu perdre pied. Se sentant épié, visité, par un être invisible, il voit ses certitudes s’envoler, les cauchemars font vaciller sa raison. Ce mal étrange annihile jusqu’à sa volonté, phagocyte ses pensées. La machine devient alors un ennemi possible, répondant sans cesse « Comment pourrais-je ne pas y croire ? » à la question « Crois-tu au surnaturel ? ». Seul sur scène, Damien Rémy impressionne, campant, dans le moindre mouvement de son visage, toute la lutte, le combat de cet homme contre lui-même. Regards hallucinés, voix altérée, passant de la folie à la conscience la plus aigüe dans un long cri silencieux. Tout concourt à rendre palpable ce Horla invisible, spectre effrayant qui ronge et mène à la folie. Hier comme aujourd’hui.

DOMINIQUE MARÇON
Novembre 2020

Le Horla a été joué les 24 et 25 octobre au Chêne Noir, dans le cadre de la Semaine d’art en Avignon.

À venir sous réserve des consignes sanitaires
4 décembre
Espace Confluence, Auriol
espaceconfluence.fr

Photo : Le Horla © Philippe Hanula

Théâtre du Chêne Noir
8 bis rue Sainte-Catherine
84000 Avignon
04 90 86 58 11
www.chenenoir.fr