Princesse Europe, de Camille Lotteau au cinéma, à la suite, mais pas seulement, de BHL

Princesse EuropeVu par Zibeline

• 14 octobre 2020⇒30 novembre 2020 •
Princesse Europe, de Camille Lotteau au cinéma, à la suite, mais pas seulement, de BHL - Zibeline

Pendant la campagne des Européennes 2019, Bernard-Henri Lévy entreprend une tournée-croisade contre la poussée des populismes à travers l’Europe. De Valence à Athènes, de Budapest à Kiev, de Lisbonne à Milan, de Bruxelles à Istanbul, il présente Looking for Europe, une pièce de théâtre dont il est l’auteur et l’unique interprète, et qui met en scène le monologue d’un philosophe élaborant son discours sur l’Europe dans la chambre d’un hôtel de Sarajevo, à l’occasion du centenaire de la guerre de 14-18. Camille Lotteau, qui connaît bien son BHL pour avoir déjà travaillé avec lui, décide de le suivre et de réaliser un documentaire à la première personne sur cette tournée. Mais son film portera davantage sur l’Europe que sur son défenseur. Ce sera : Princesse Europe. Celle de la mythologie, désirée, enlevée, violée, abandonnée en Crète par le libidineux Zeus. Celle qu’il imagine, allégorique, à Lampedusa au milieu de Migrants, rescapés ou morts. Celle qui pourrait s’être réincarnée dans une jeune Lituanienne. Celle qu’on cherche, qu’on fantasme, qu’on outrage ou dont on doute. À côté du plaidoyer lyrique de BHL pour une Europe humaniste, libérale, « macroniste », promue sur scène, sur les plateaux télé ou dans les palais présidentiels, à côté de la pensée savante des philosophes grecs ou des humanistes sous la tutelle d’Érasme, à côté d’Héraclite, de Descartes, d’Husserl, de Byron, de Pasolini, de Kafka, de Joyce, de Baudelaire, d’Andrzej Stasiuk, d’autres voix, multiples et variées, se font entendre. Celles des manifestants espagnols ivres de révolution, celles des chauffeurs de taxi, celles des anonymes croisés dans ce périple : le « peuple » européen en somme dans sa disparité de langues et d’opinions, comme un chœur antique. Il y a un peu de Sancho accompagnant Don Quichotte chez notre cinéaste. La note comique, plébéienne face au chevalier à la triste figure. Car BHL n’a aucun humour contrairement à Camille, essoufflé par le rythme effréné de cette tournée, adoptant dans son commentaire off la scansion de BREF, la célèbre série de C+. Camille, amusé par une entrevue avec Volodymyr Zelensky l’humoriste devenu chef d’état d’Ukraine, où on regarde des vidéos de Coluche, ironique quand Viktor Orbán parle de la stratégie de Macron. Camille, marquant son désaccord idéologique par un faux dépit quand BHL taxe de « territoire perdu de la République » Exarchia, le quartier emblématique de la gauche radicale d’Athènes. Le réalisateur excelle dans l’autodérision commentant son propre travail, ses non choix, son filmage entre deux portes quand on l’exclut de certains entretiens privés entre BHL et les grands de ce monde.

Le foisonnant Princesse Europe, présenté hors compétition à la Mostra de Venise 2020, se donne d’ailleurs comme une comédie. Mais entre le théâtre de BHL et le théâtre des opérations on a un peu le vertige et il semblerait que la Princesse Europe se doive de craindre encore les taureaux blancs.

ELISE PADOVANI
Octobre 2020

Princesse Europe, de Camille Lotteau, sort le 14 octobre

Photographie : Princesse Europe © Margo Cinéma