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L'opéra Carmen revu et corrigé par la Cie Attention Fragile et l'Ensemble Télémaque

Près des remparts de Marseille

• 7 mai 2020⇒8 mai 2020, 5 juin 2020⇒6 juin 2020 •
L'opéra Carmen revu et corrigé par la Cie Attention Fragile et l'Ensemble Télémaque - Zibeline

En dressant son joli chapiteau coloré au cœur de la Gare Franche, la Cie Attention Fragile éloigne Carmen des maisons d’opéra de centre-ville et s’évertue à démystifier l’œuvre de Bizet sans lui ôter sa substance. Preuve de cet ancrage populaire, des habitants du Plan d’Aou y campent une sorte de chœur antique, commentant l’action avec gouaille ; des enfants interprètent une réjouissante version cour de récré de l’acte III. L’alternance musique-théâtre rappelle que Carmen fut d’abord un opéra-comique.

Après un beau prélude contrapuntique, la réorchestration de Raoul Lay pour les six instrumentistes de l’Ensemble Télémaque parvient à retranscrire admirablement la majesté familière de la partition de Bizet. L’appel à des instruments modernes (vibraphone, guitare électrique) fait mouche, notamment sur le thème du destin, omis de l’ouverture pour être mieux mis en valeur après l’entracte. Au four et au moulin, l’infatigable percussionniste Pierre Quiriny se charge également de la direction.

Les quatre solistes sont très sollicités et doivent parfois assurer certaines lignes de chœur. Sophie Chabert se distingue en Micaëla par son timbre assuré et aérien : son air « Je dis que rien ne m’épouvante » tient du tour de force. Marie Pons porte le personnage titre d’un timbre chaud et insolent. La direction d’acteurs exige beaucoup des chanteurs : des pompes au sémillant Don José d’Angelo Citriniti et des acrobaties au théâtral Toréador de Benoît Gadel.

L’adaptation et la mise en scène de Gilles Cailleau se concentrent sur les moments forts du livret. Lorsque des raccourcis sont pris, souvent pour ne pas avoir à faire intervenir des personnages secondaires, c’est avec à-propos. La célébrissime Habanera devient au début de l’acte III la rétrospection d’une Carmen déçue par l’amour. Sur la Séguedille, l’air où tout bascule, des barreaux se referment sur un Don José pris au piège. Moins captif, le public n’en est pas moins captivé !

PAUL CANESSA
Octobre 2019

Carmen, opéra déplacé a été joué le 12 octobre à La Gare Franche, Marseille

A venir :
Les Salins, Martigues (7 & 8 mai)
Théâtre en Dracénie, Draguignan (5 & 6 juin)

Photo © Vincent Beaume