Emmanuelle Bayamack-Tam et Emilie Aussel mettent en commun leurs plumes

Prendre le grand largeLu par Zibeline

Emmanuelle Bayamack-Tam et Emilie Aussel mettent en commun leurs plumes - Zibeline

La réalisatrice Emilie Aussel a proposé à la romancière Emmanuelle Bayamack-Tam d’écrire à quatre mains le scenario de son prochain film Mourir jeune dont Elisa Voisin lit quelques passages. Ensemble, elles expliquent la méthode qu’elles expérimentent, et les extraits de leurs œuvres respectives rendent évidentes les affinités électives qui les ont conduites à cette collaboration : des parentés thématiques, Marseille comme « territoire fictionnel » commun, des connivences musicales et cinématographiques, une intelligence aiguë de l’adolescence. Voilà Charonne, l’héroïne du roman Je viens d’Emmanuelle Bayamack-Tam: beauté noire énorme, qui évolue entre les PMU où elle accompagne son grand père par adoption, sénile et raciste, et l’univers clos onirique d’une maison de contes troublants, peuplée d’improbables ottomanes et de fantômes opiomanes. Voilà sa grand-mère Nelly, ex-star adulée, dont la mise impeccable est une forme de courtoisie dans la défaite opposée à la ruine physique de l’âge, qui se remémore la scène de sa défloration : timide et féroce. Et voilà Petite Blonde, l’héroïne d’Emilie Aussel, petite bourgeoise de la Corniche, qui rejoint, à la fois intimidée et frondeuse, le groupe de jeunes des quartiers qui vient se baigner là tous les jours, dont la tchatche inépuisable est une force d’invention joyeuse et dérisoire contre l’ennui (Le court métrage est manifestement adapté de Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal). Film ou roman : les deux artistes savent capter l’énergie solaire de ce commencement terrible qu’est l’adolescence, qui se cherche entre solitude et lois du groupe, dans la fragilité provocante des corps, dans l’indifférence et l’hypersensibilité aux regards des autres, dans le défi, le courage et l’aplomb qu’il faut pour y entrer et pour en sortir : Petite Blonde effleure la main d’un des jeunes rencontrés pour plonger avec lui du haut d’un rocher, Charonne fera exploser le dôme de verre de son inquiétante maison pour promener dans les rues l’énigme de sa beauté et de sa générosité, et sa puissance de vie, sous le nez de la bêtise aigre et brutale qui l’entoure. Le grand saut.

AUDE FANLO
Mars 2015

Les mercredis de Montevideo : Rencontre avec Emmanuelle Bayamack-Tam et Emilie Aussel, en partenariat avec Histoire de l’œil, le 25 février 2015. A lire : Emmanuelle Bayamack-Tam, Je viens, POL, 2015, 19,90€ A voir : Petite Blonde (15 mn, 2013, GREC/Shellac Sud) et Do you believe in rapture ? (43 mn, 2013, Shellac Sud)

Photo : DYBIR_yeux_clair

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