Salomé Kiner, Timothée Stanculescu et Lou Kanche signent de belles entrées en littérature

Premiers romans au fémininLu par Zibeline

• 25 septembre 2021⇒26 septembre 2021 •
Salomé Kiner, Timothée Stanculescu et Lou Kanche signent de belles entrées en littérature - Zibeline

Grande Couronne

On entre dans Grande Couronne à grand fracas. La langue, orale, sèche et franche captive dès les premières pages. L’adolescence est, pour Salomé Kiner, le lieu du déploiement de cette langue inouïe. Les idées fusent au fil d’analogies surprenantes, d’images inédites, de tout ce qui fait le propre d’un style. Cette fulgurante inventivité prend pourtant forme au sein d’un quotidien bien gris, pour ne pas dire morbide. Soit celui des années 90 finissantes et du Val d’Oise, cette grande couronne qui encercle Paris et qui, par définition, ne saura jamais l’atteindre. Le collège et surtout le domicile familial où évolue notre narratrice de treize ans ne lui sont d’aucun réconfort. Pas plus que le « Groupe Magritte » qu’elle rejoindra, et qui ne se révèlera rien d’autre qu’un réseau de prostitution. Ni même que l’achat frénétique de vêtements et de produits entraperçus à la télévision, qui demeurera pourtant sa seule consolation. Le name-dropping n’a ici rien du gadget pour nostalgiques d’Ophélie Winter et autres marques de vêtements à la mode : il convoque l’imaginaire consumériste d’une époque effarante de cynisme. Grande Couronne pourrait souffrir de la violence et de la sordidité d’un tel dispositif. Mais la foi inextinguible de l’auteure en son personnage, en sa voix et en son regard, l’emporte toujours. Le récit ressort grandi de cette exploration désarmante car sincère de cette misère-là. Et donne naissance à une grande auteure.

Grande Couronne
Salomé Kiner
Christian Bourgois, 18€50


L’éblouissement des petites filles

Jeune scénariste tout juste diplômée de la Fémis, Timothée Stanculescu s’aventure pour la première fois avec L’Éblouissement des Petites Filles sur le terrain du roman. Un sens redoutable du suspense, de l’ellipse, de l’ambiance s’y imprime dès les premières pages. Le récit n’a pourtant rien du polar à rebondissements, s’appropriant tant bien que mal les ressorts narratifs du genre. Car L’Éblouissement des Petites Filles demeure avant tout le portrait terriblement juste et émouvant de Justine, adolescente en pleine crise, forte cependant d’un imaginaire foisonnant. La disparition d’Océane, une de ses camarade de classe, demeure inquiétante ; mais elle s’avèrera secondaire en regard des préoccupations de la jeune fille, de ses tourments amoureux et existentiels toujours abordés à juste distance. Il faut bien du talent pour insuffler à ces thématiques somme toute rebattues une réelle fraîcheur et de nouveaux enjeux. Autant dire qu’on attendra le prochain opus de la jeune auteure (trente ans, à peine !) avec impatience !

L’Éblouissement des Petites Filles
Timothée Stanculescu
Flammarion, 19 € 


Rien que le soleil

Norah s’ennuie, et fait mine de ne pas le savoir. L’enseignante tout juste mutée en REP de région parisienne peine à trouver dans les couloirs de son collège et dans les recoins de la capitale un quelconque sens, une quelconque joie. L’arrivée dans sa salle de classe du jeune Sofiane, « maître en son royaume », balaye sans peine l’édifice que la jeune femme avait bâti autour d’elle. Et galvanise le désir d’ailleurs qui s’empare alors d’elle, et a tout d’une fuite en avant. Tour à tour agaçante et émouvante, Norah laisse cependant pointer un désespoir tangible sous les références littéraires qui sont les siennes, et qui semblent avant tout brandies comme des armes dérisoires face à la banalité de ses tourments. Si Rien que le soleil fonctionne, c’est sans doute grâce à cette conjugaison d’un style littéraire affûté et d’une forme rafraîchissante de naïveté.

Rien que le Soleil
Lou Kanche
Grasset, 18€50

SUZANNE CANESSA
Septembre 2021

Ces trois auteures seront présentes aux Correspondances de Manosque :

Salomé Kiner & Timothée Stanculescu
Rencontre animée par Sophie Joubert samedi 25 septembre à 16h30 Place des Observantins

Lou Kanche & Maryam Madjidi
Rencontre animée par Élodie Karaki le dimanche 26 septembre à 15h Place des Observantins