"En attendant la neige" devait sortir le 16 décembre. Dommage !

Premiers floconsVu par Zibeline

• 16 décembre 2020⇒16 décembre 2021 •

En attendant la neige réunit cinq films d’animation qui offrent au spectateur cinq plumes (française, russe, mexicaine, suisse, tchèque) et univers singuliers habités chacun d’une subtile poésie non dénuée d’humour. Adressée aux « petits », à partir de quatre ans, l’œuvre parle aussi aux plus grands, et sait aborder avec finesse des thèmes profonds, altérité, vieillesse, abandon, adoption, confrontation aux regards technologiques, la découverte de l’inconnu… parcours initiatiques où les consciences se construisent. L’album s’ouvre et se referme avec des courts-métrages concoctés lors d’une résidence de Folimage (le label a ouvert depuis 2014 sa Résidence aux réalisations destinées au Jeune Public).

Le tigre sans rayures de Raul « Robin » Morales Reyes, (produit dans le cadre de la Résidence Album Jeunesse éditions Bayard), suit les tribulations d’un petit tigre qui marche comme un petit enfant, attachant et tendre jusque dans ses désarrois. Il perd ses rayures et se voit moqué de tous. Il entreprend alors un voyage qui lui permettra de retrouver ses marques. Cette petite fable bouleversante de justesse et de sensibilité, tissée de tons d’automne vibrants de couleurs, a la délicatesse de ne jamais juger et laisse la fin ouverte, l’essentiel étant d’être en accord avec soi avant de se confronter aux autres.

Un lynx dans la ville de Nina Bisiarina voit l’animal aux yeux triangulaires s’égarer dans la ville, forêt d’immeubles que la neige va recouvrir. Ce terrain de jeu amuse. Mais le lynx s’endort. Au matin, les gens, humoristiquement stylisés (avec un petit air de Folon) le découvrent et leur réaction est de le poursuivre avec leurs téléphones, photographiant sans relâche l’irruption de cette incongruité qui retrouve les bois où les hommes n’entrent pas : la césure entre la nature et la « civilisation » est actée…

Le Refuge de l’écureuil de Chaïtane Conversat met en scène une grand-mère et sa petite fille. Tous les dimanches, l’aïeule se promène dans la nature, collecte les objets qu’elle rencontre, restes d’un vélo, feuille d’arbre que le vent lui apporte, et tous les mercredis, raconte avec ces objets hétéroclites une histoire à l’enfant… une ode à l’amour filial, à la transmission, à la vertu inégalable de l’imagination.

Première neige de Lenka Ivancíková anime des marionnettes d’une étonnante expressivité : un petit hérisson se réveille alors que toute sa famille hiberne et sort de leur tanière pour regarder la lune… bien sûr, il se perd, fait des rencontres parfois terrifiantes avant de regagner le nid familial, une pépite !

Enfin, Ticket gagnant de Svetlana Andrianova s’attache aux pas d’un chien errant que tout le monde ignore dans la folle agitation de la ville. Une petite fille lui donne un jour un bonbon… il ne faut pas en dire davantage, si ce n’est que l’histoire est superbe et donne encore une chance aux gens d’être humains…

Les techniques varient, dessin et animation sur ordinateur 2D, papier découpé, peinture, objets, sable et éléments végétaux, marionnettes en stop motion, des paysages s’orchestrent, depuis des épures symboliques au traitement précis de chaque détail, et on se laisse happer avec délices… Faut-il encore déplorer que les courts-métrages soient si peu diffusés dans les salles hors les temps de festival qui leur sont dédiés ?

En attendant la neige est en tout cas un petit bijou à savourer quel que soit votre âge (à partir de quatre ans tout de même !)

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2020

En attendant la neige, distribution Gebeka Films (www.gebekafilms.com)

La sortie en salle était prévue le 16 décembre, mais en raison des annonces gouvernementales les cinémas ne rouvrent finalement pas leurs portes au public.

Photographie : Un lynx dans la ville © Gebaka Films