Vu par ZibelineRetour sur la 11e édition de la ZAT, organisée par Lieux publics, en avril à Montpellier

Premier tour à la ZAT

Retour sur la 11e édition de la ZAT, organisée par Lieux publics, en avril à Montpellier - Zibeline

Parfois, quand il y a beaucoup, ça fait vite trop. On craint de rater quelque chose, de ne jamais être au bon endroit. On s’affole en étudiant le programme. On essaie de trier, les critères sont parfois discutables.

En ce week-end électoral, la ZAT, au parc Montcalm à Montpellier, apaise les doutes. Oui, le programme est dense et varié. Partout des spectacles, des partages, des propositions. Pas de panique : tout est gratuit, là, à portée de regards. Dans cet ancien terrain d’entraînement militaire, les élèves comédiens du Cours Florent, postés sur des piédestaux (pas gigantesques ceux-ci, juste à taille humaine), en ligne, les yeux portés loin devant, incarnent chacun un sportif iconique. Nadia Comaneci, Franck Ribéry…

Les monologues déroulent un pan de leurs pensées cachées. Ils nous livrent une intimité fragile. Des garçons d’une dizaine d’années, dubitatifs, goûtent au plaisir transgressif de voler un peu de la vérité du footballeur. Plus loin, sur la piste d’athlétisme, une course au ralenti, disputée par des athlètes grimés (cours Florent), intrigue et émeut : que d’efforts, que de souffrance au pays de la performance… La distance entre ici et le W de Perec semble s’être amoindrie.

Des bâtisses sœurs, ajourées, élancées, cartonnées, commencent à pointer plus loin. Olivier Grossetête, metteur en œuvre, impulse l’énergie des flâneurs dans cette construction éphémère, dont on nous dit qu’elle est utopique. Tout le monde est bien pourtant là, à scotcher, assembler, penser une architecture que chacun peut inventer et traverser.

Équilibre aussi, dans le Pelat de Joan Català qui apprivoise un mât, intimidant de simplicité. Il s’agit de le faire tenir debout, et de monter au sommet. L’objet condense espoir et inquiétude, le performeur décline savoir-faire traditionnel, humour, acrobatie, et partage, là aussi, puisqu’il sollicite l’aide du public pour hisser le mât.

L’Envol commence. Les 9 (très) jeunes comédiens de la Cie Adhok s’élancent en quête d’un travail, d’un amour, d’un avenir d’adulte. Mise en scène survitaminée et écriture incisive. On voudrait le meilleur pour cette incarnation d’une jeunesse si vibrante et décontractée. On pique nique, on joue au frisbee, on fait la sieste. Les spectacles s’enchaînent, s’entrecroisent, la Transumante, sculpture mouvante de Johann Le Guillerm qui ne tient que par équilibre, encore et toujours, progresse tout en lenteur et puissance.

On n’aura pas le cœur de venir assister, une heure avant le résultat du premier tour, à la destruction publique de la ville de carton. Sursis ou sursaut ? À suivre…

ANNA ZISMAN
Mai 2017

La 11e édition de la ZAT, organisée par Lieux publics, a eu lieu au Parc Montcalm à Montpellier les 22 & 23 avril

Photo : Des bâtisses sœurs – Cie Olivier Grossetête © A.Z.