Vu par Zibeline

Winterreise, les corps, leur hiver

Preljocaj romantique

Winterreise, les corps, leur hiver - Zibeline

Cela faisait longtemps qu’il tournait autour, parsemant ses dernières pièces de duos quasi-« classiques », langage élaboré, pour ce qui est de la danse, à l’époque romantique. Schubert, son Voyage d’hiver, est la quintessence du premier romantisme musical, intime, tourmenté, mais éclairé d’amour de la nature, d’épanchements sentimentaux, de nostalgie. Le Winterreise de Preljocaj, s’il se permet par moments l’illustration littérale des poèmes de Müller, propose aussi un autre voyage, à travers la danse. C’est-à-dire à travers les corps, et leur hiver. Hiver de l’enfouissement : cela commence et se conclut dans des flocons noirs qui couvrent les corps comme des feuilles. Les brillances de noir, élégantes, seront longtemps les uniques ornements des costumes, rehaussés des flocons noirs qui tombent des cintres, parfois, merveilleusement éclairés. Ce voyage dans la clarté du noir met en scène, comme souvent, des couples qui dansent dans des unissons réglés au millimètre. Et des duos, extatiques. Parfois convenus : ils reprennent, sans l’attirail académique classique et néoclassique, ses déformations et archétypes, les relations genrées entre les corps, libres de la vélocité de leur technique contemporaine, mais accrochés à des figures issues du ballet. Mais si l’on y regarde mieux, ce Voyage d’un amant éconduit est bien loin de l’imaginaire romantique : les femmes portent les hommes, dansent comme eux, et eux comme elles. Ce travail sur le genre devient explicite quand les corps se parent de couleurs, que les hommes revêtent des justaucorps, des jupes, esquissent ensemble une danse de couple. Un moment le trouble contemporain sur le genre est porté… puis disparaît, et les corps, comme la musique, reviennent sagement vers l’hiver, le noir, la tombe. Thomas Tatzi chante les poèmes avec une émotion retenue et des basses superbes, les danseurs sont époustouflants et le public, comme toujours, emporté.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2019

Winterreise a été joué à guichets fermés du 24 au 27 septembre au Grand Théâtre de Provence, Aix

Photo : Winterreise c Jean-Claude Carbonne (1)


Pavillon Noir / Ballet Preljocaj
530 avenue Mozart
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http://www.preljocaj.org/


Théâtre des Salins
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13692 Martigues
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