Avant le film, retour sur le roman noir Suburra de Carlo Bonini & Giancarlo De Cataldo

Précis de décomposition urbaineLu par Zibeline

Avant le film, retour sur le roman noir Suburra de Carlo Bonini & Giancarlo De Cataldo - Zibeline

Suburra, c’est le nom d’un quartier mal famé de Rome. C’est aussi le titre d’un roman noir, d’un film, et bientôt d’une série. C’est dire le succès de cette turpide histoire de projet immobilier sur fond de guerre des gangs, qui révèle crûment les accointances et les petits arrangements qu’ont à Rome l’État (des élus aux juges en passant par certains chefs de la police), le Vatican et la mafia. Quelques dates d’abord. 2013 : le roman paraît en Italie, coécrit par le juge au tribunal de Rome Giancarlo De Cataldo (déjà connu des amateurs de polar pour Romanzo criminale et autres histoires de gangs et de mafia) et Carlo Bonini, journaliste d’investigation à la Repubblica et grand collecteur de faits divers peu clairs. Fin 2014 : le scandale « Mafia capitale » éclate, éclaboussant au passage pas mal de personnalités du monde des affaires et de la politique. La fiction échafaudée par les deux spécialistes des coulisses criminelles du pouvoir semble avoir simplement anticipé la réalité. Décembre 2015 : une adaptation du roman arrive sur les écrans, signée Stefano Sollima (réalisateur de la série Gomorra) ; scénaristes : De Cataldo et Bonini. 2016 : si l’on peut aisément se passer de voir le film (hyper violent et caricatural), il est recommandé de plonger dans la version française du roman, tout juste éditée aux éditions Métailié, d’autant que la remarquable traduction de Serge Quadruppani rend à merveille la vivacité des dialogues et la tension générale de cette fiction ultra réaliste. Des personnages nombreux et bien dessinés, des scènes d’anthologie (très visuelles, encore une bonne raison d’éviter le film) et une réflexion intéressante sur la politique et la citoyenneté, malgré un cynisme glaçant, puisqu’à la fin, on en prend d’autres et on recommence. Mais n’est-ce pas là la meilleure façon d’alerter le lecteur ? C’est en tout cas ce que semblent penser les deux auteurs, qui n’y vont pas de main morte, et qu’on est tenté de suivre, tant leur connaissance des « affaires » est précise et leur talent à les mettre en scène éclatant.

FRED ROBERT
Mai 2016

Suburra Carlo Bonini & Giancarlo De Cataldo
Traduit de l’italien par Serge Quadruppani
Métailié Noir, 23 €