Nora Martirosyan signe un très beau premier long-métrage sur le Haut-Karabagh

PrécipitationsVu par Zibeline

• 26 mai 2021⇒2 juin 2021 •
Nora Martirosyan signe un très beau premier long-métrage sur le Haut-Karabagh - Zibeline

Après plusieurs courts-métrages remarqués, la réalisatrice Nora Martirosyan se frotte au délicat format du long, et au non moins délicat sujet de la géopolitique et du territoire. Celui sur lequel elle a posé sa caméra ne lui est pas complètement étranger, puisqu’elle est originaire de l’Arménie soviétique. Nora Martirosyan a découvert le Haut-Karabagh pour la première fois en 2009 et s’y est attardée depuis. Nombreux sont les spectateurs qui, s’en amuse la réalisatrice, découvrent l’existence du Haut-Karabagh, voire s’imaginent dans un premier temps que cette petite République autoproclamée est un lieu fictif. Il n’en est rien, même si la guerre qui a suivi le tournage a une fois de plus remis en cause l’existence de cet État fragile, réclamant son indépendance dès la chute du bloc soviétique, soutenu par l’Arménie mais menacé d’annexion par l’Azerbaïdjan. Si le vent tombe prend le temps d’explorer avec tendresse et poésie ce pays si singulier : le spectateur épouse le regard d’un auditeur international venu explorer les lieux, auditeur qui a la présence et l’intensité de Grégoire Colin, gloire des années 1990 injustement oubliée. Suspendu à ses lèvres, à son regard et à son jugement, les habitants de Stepanakert – invariablement émouvants et incarnés – attendent de voir leur aéroport reconnu conforme, et avec lui leur territoire et leur identité validées. La crainte de voir le tout enseveli par un vent mauvais – faiblesse du dispositif – glace évidemment le sang. La métaphore fonctionne en grande partie grâce à la beauté foudroyante du paysage, sublimée par la photographie de Simon Roca. Mais aussi grâce à l’efficacité et à l’économie du scénario, co-signé par  Emmanuelle Pagano et Nora Martirosyan ; une artiste qu’il faudra décidément suivre.

SUZANNE CANESSA
Mai 2021

Si le vent tombe, de Nora Martirosyan, 1h40
Sortie le 26 mai