Le Paradis d’Alain Cavalier, vu en avant-première au cinéma Mazarin d'Aix : un film léger et brillant

Poussière d’étoiles

• 2 octobre 2014 •
Le Paradis d’Alain Cavalier, vu en avant-première au cinéma Mazarin d'Aix : un film léger et brillant - Zibeline

Tout est parti selon Alain Cavalier d’un arbre qui avait un sexe masculin. De cette image est née l’idée du Paradis. Un Paradis où il sera concrètement question de vie, de mort, de résurrection, d’amour et d’innocence. Le réalisateur octogénaire dit aimer son hiver et croire au printemps. Ce  film, le moins cher qu’il ait réalisé, dont les acteurs principaux sont un petit robot rouge, une oie en plastique se dandinant quand on remonte sa mécanique, des statuettes, quelques animaux, et deux jeunes gens pleins de grâce, n’est en aucun cas un testament ! Quelle jeunesse, quelle liberté, quelle vivacité, quelle inventivité dans le jeu de rôles proposé ici. En voix off, Alain Cavalier endosse tous les «je» de ses récits multiples : il est tour à tour Ulysse et Anticlée, la chouette Athéna et le sombre Charon, Dieu et le diable, Abraham et Isaac, Job et Jésus. Il redevient même Alain Cavalier pour évoquer l’expérience personnelle d’une extase générée par la dégustation de rollmops après un jeûne, ou pour raconter l’histoire d’une femme qui parle à son mari plongé dans le coma, ou encore pour interroger une Pénélope normande ridée comme une vieille pomme, veuve rétive aux prétendants cupides. Une table de cuisine, quelques jouets, un œuf de cristal facetté, une lumière muséale, la petite caméra HD qui ne quitte jamais celui qui se définit comme un «filmeur», captant les objets au plus près, suffisent pour être embarqué ! Plaisir retrouvé de l’enfance, de l’intimité de l’histoire bouche à oreille. L’Odyssée et les Saintes Écritures, sources d’images, de paraboles, d’idiotismes, prennent vie. Entre le panthéisme de Renoir et le monothéisme de Bresson, plaisante-t-il. À évoquer le foisonnement des séquences on pourrait croire à un ensemble décousu. Bien au contraire tout se tient dans ce film cousu main. Les comptines enfantines, les joutes langagières, le marabout de ficelle. Le voyage du robot Ulysse revenu des enfers et l’élévation de l’eau dans un vase tibétain dont les anses mouillées chantent entre les mains d’une jeune fille. Le tombeau d’un petit paon au pied d’un arbre coupé, silex enserré par des clous croisés et les pieds du Christ supplicié. Le fils jeté à l’eau par son père, Jésus et une jeune fille adoptée retrouvant le leur. Le dormeur du val de Rimbaud, un souvenir de Musset et l’oisillon couché sur l’herbe «où la lumière pleut». Quelques mots de Trenet, les saisons qui passent et le désir fou qui demeure. Le péché originel qui chasse l’homme et la femme du jardin d’Eden et les retrouvailles d’Ulysse et Pénélope en une délicieuse scène érotique où, accompagné par le voluptueux Stardust de Lester Young, le robot rouge s’encastre lentement dans l’oie (plus si blanche). Alain Cavalier dit qu’il ignorait comment finirait son film et que la dernière séquence lui a été offerte par miracle. Chorégraphie parfaite sans direction d’acteurs. Extérieur jour, la rue. Un couple de personnes âgées en déambulateur s’éloigne main dans la main, un jeune homme, une jeune fille entrent dans le champ, puis une femme traverse avec son bébé en poussette. Le cinéaste laisse venir la vie à lui, la saisit au vif. C’est léger et brillant. Ne sommes-nous pas nés de la poussière des étoiles ?

ELISE PADOVANI
Octobre 2014

Le film Le Paradis d’Alain Cavalier a été projeté en avant-première au cinéma Mazarin à Aix-en-Provence, le 2 octobre. Sortie nationale le 8 octobre

Photo : Le Paradis d’Alain Cavalier