Vu par Zibeline

Albert Camus adapté par Medhi Dehbi au Jeu de Paume : spectacle sans utopie, mais humain

Pousser au crime

• 18 décembre 2013⇒20 décembre 2013 •
Albert Camus adapté par Medhi Dehbi au Jeu de Paume : spectacle sans utopie, mais humain - Zibeline

«O love! O life! Not life but love in death». Cette phrase de Shakespeare semble être le propos même de cette mise en scène des Justes de Camus. Plus qu’au contexte politique du terrorisme en réponse au despotisme, Medhi Dehbi s’intéresse à l’amour de la vie que chaque personnage incarne à sa manière. Même Stepan ne fait pas exception : s’il prêt à faire tuer des enfants c’est pour que d’autres ne meurent plus de faim. Au lieu de prendre place sur scène, les cinq comédiens se déplacent dans un espace sans plateau, ni gradins. On découvre peu à peu d’où et de qui, parmi la foule, surgit la parole. Cela dans une ambiance pesante d’enfermement aux faibles lumières. Ambiance pesante régnant également  au sein du parti socialiste révolutionnaire. Camus pose clairement la question : la violence est-t-elle la bonne réponse à l’oppression? Posée durant la décolonisation des pays arabes, et faisant référence au terrorisme de gauche pratiqué en Europe, Les Justes précisaient la révolte plutôt  réformiste de Camus. Aujourd’hui, jouée majoritairement en arabe, avec une scène entièrement en français ou quelques passages en anglais, la pièce montre que la jeunesse révoltée de Camus pourrait être celle de l’autre rive. Car le point de départ d’une révolution est toujours l’étouffement d’un peuple par le pouvoir. Malheureusement, la mise en scène est parfois fragile dans sa circulation: les comédiens en permanence en contact avec le public et restant immobiles lors de certaines scènes sont parfois dos à certains spectateurs. Parfois, ils serrent la main des spectateurs disant «Bonjour» entre deux répliques. Cette mise à distance du théâtre qui devrait rapprocher du spectateur fonctionne parfois à contre-courant : un aspirateur assourdissant perturbe une scène où deux personnages ne doivent pas être entendus des autres protagonistes. Mais ils devraient l’être du public ! Néanmoins, Medhi Dehbi parvient à transmettre fidèlement l’idée selon laquelle l’humanisme n’a, dans un monde cruel, d’autre issue que la mort. Un spectacle sans utopie, mais humain. Donc Camusien !

ALICE LAY
Décembre 2013

Les Justes a été joué au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence du 18 au 20 décembre

 

 


Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/