Vu par ZibelineMolière et Lully, remarquablement servis au GTP avec Monsieur de Pourceaugnac

Pourquoi toujours Limoges ?

Molière et Lully, remarquablement servis au GTP avec Monsieur de Pourceaugnac - Zibeline

Il y a la finesse des porcelaines, la douceur un peu humide du climat, mais on n’a pas attendu le général Boulanger pour donner à Limoges une réputation peu glorieuse; Molière, dans son travail de cour, se gausse de la province, forcément lourdaude, crédule et inculte, oubliant la patrie des troubadours, Bertrand de Bron, Bernard de Ventadour, Marie de Ventadour, Gaulcem Faidit et j’en passe… Le parisianisme a une longue histoire, et cette comédie –ballet faite à Chambord pour le divertissement du roi, conforte la supériorité de l’esprit délié de la Ville, par rapport au négligeable provincial… Baste, ne nous attardons pas aux simples apparences, c’est Molière, ses grands thèmes, amours contrariées, mariages arrangés que l’on déjoue, la caricature des médecins, des avocats, et leur traitement burlesque. Monsieur de Pourceaugnac (Gilles Privat) dont le côté provincial est contenu dans sa référence porcine dépréciant la noblesse de la particule, venu de Limoges pour épouser la belle Julie (Juliette Léger), repart grimé en femme, après une longue descente aux enfers orchestrée par l’amant d’icelle, secondé par Nérine (Clémence Boué) et Sbrigani (virevoltant Daniel San Pedro). Certes, l’intrigue est mince, mais la mécanique infernale parfaitement huilée, use des ressorts de la farce, et d’une panoplie de personnages venus de la Commedia dell’arte. Mais la consistance de la pièce vient de sa fusion avec la partition de Lully, les farces deviennent des ballets hallucinés, médecins et clystères cauchemardesques, avocats véreux et rapaces, épouses supposées délaissées, libido exacerbée de soldats ivres qui peuvent faire craindre le pire… Notre personnage pris dans une infernale spirale fuit pour sauver sa vie, après avoir été dépouillé de son argent, de ses aspirations au mariage, de son estime de soi, à en perdre la conscience même de son identité. Pièce sombre et cruelle portée jusqu’à la folie par la présence de la musique qui, loin d’être un simple ornement, donne du sens à l’ensemble. Clément Hervieu Léger joue de la complicité entre la formation réduite de l’Ensemble des Arts Florissants et des acteurs, s’appuie sur la subtile interprétation de William Christie au clavecin, sur les voix des chanteurs qui ajoutent à la théâtralité du propos (superbe Claire Debono (soprano) en égyptienne mutine), transposé dans les années 50. Le décor suit l’évolution des personnages, une voiture de poche entre sur scène, les ragazzi flânent en quête d’un mauvais coup… le couple de tourtereaux contrarié et ses comparses renversent les codes; ce ne sont pas les gentils, et Monsieur de Pourceaugnac apparaît bien en victime. La comédie-ballet serait-elle plus profonde qu’elle n’en a l’air ?

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2016

Monsieur de Pourceaugnac a été donné au GTP, Aix-en-Provence, les 13 et 14 janvier

Photo © Aurelie Maestre

Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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