Lu par ZibelinePrix littéraire des lycéens et des apprentis de PACA : que deviendrions-nous dans un monde sans écrivains ?

Pourquoi écrire ?

• 3 décembre 2014 •
Prix littéraire des lycéens et des apprentis de PACA : que deviendrions-nous dans un monde sans écrivains ? - Zibeline

Le Prix littéraire des lycéens et des apprentis de PACA, action éducative de la Région autour du livre et de la lecture, entre dans sa deuxième décennie. Le premier Forum a réuni les représentants de onze lycées et d’une maison d’arrêt autour des auteurs de trois romans et trois BD. Trois femmes et quatre hommes : on se réjouit du respect de la parité…

Une question de Jean Garcin, enseignant en milieu carcéral, lance le débat sur la genèse d’une œuvre littéraire et ses éléments déclencheurs. Valentine Goby, Prix des libraires 2014 pour Kinderzimmer, qui fait revivre le camp de déportation de femmes de Ravensbrück, a répondu assez longuement, car la question est pour elle essentielle : «Un bon sujet ne fait pas de littérature, il fait un scoop… J’ai voulu faire par l’écriture ce que les témoins ne peuvent pas faire.» Elle explique que les témoins connaissent déjà toute l’histoire et sa fin, alors qu’elle essaie de revenir au temps de l’expérience de la déportation et de son cadre, de ses acteurs, de l’ignorance de la langue de l’oppresseur, «pour mettre le lecteur en situation de stupeur» (voir Zib’67 et 69). Christian Perrissin, scénariste de la BD Kongo, confie son intérêt pour le destin de Joseph Conrad, personnage complexe qui, enfant, a connu les camps russes, puis est devenu capitaine dans la flotte britannique. Pour parler du rôle dévastateur de la colonisation du Congo belge il évoque la nécessité de se détacher du personnage réel pour créer, à l’aide de la technique du monotype en noir et blanc de Tom Tirabosco, le personnage de fiction. «Ni trop précis, ni trop scolaire… et sans exotisme», Tom a choisi pour mettre de la distance avec le personnage réel. Mais qu’en est-il alors de la démarche de Tanguy Viel qui a choisi de composer une sorte de pastiche du roman américain type, avec La disparition de Jim Sullivan ? Elle relève d’une envie de créer un univers ancré dans la réalité, mais aussi un jeu de l’écrivain qui sans arrêt intervient dans l’histoire, donnant son point de vue sur ce qu’il est en train d’écrire. Une façon de se «légitimer», dit-il.

Certaines démarches créatrices restent cependant assez mystérieuses. Pourquoi Joseph Lambert a-t-il choisi de raconter et dessiner l’histoire vraie d’Annie Sullivan & Helen Keller ? Il n’y a apparemment rien de commun entre la jeune sourde et aveugle Hélène et sa préceptrice, d’une part, et l’étudiant d’une école d’illustration aux États-Unis. La très jeune Marion Fayolle a voulu parler du cancer de son père en y adaptant son dessin précis et enfantin aux coloris tendres, d’où peut-être une explication au titre La tendresse des pierres. Quant à Karin Serres, elle déclare transcrire de façon la plus fluide possible des sons qu’elle a dans la tête comme si elle était une sorte de medium ; c’est ainsi qu’est né Monde sans oiseaux.

Et nous que deviendrions-nous dans un monde sans écrivains ?

CHRIS BOURGUE
Décembre 2014

Ce forum s’est tenu à La Croisée des Arts, à St Maximin, le 3 décembre
RDV pour le prochain le 4 février à Cavaillon
www.prix.livre-paca.org

À noter :
Concours photo et selfie : Tu t’es vu quand tu as lu ?
(Conditions sur le blog) : http://blog.prixpaca.com/

Crédit photo : Joseph-Lambert,-Karin-Serres,-MMarion-Fayolle,-Tanguy-Viel,-Valentine-Goby,-Christian-Perrissin-et-Tom-Tirabosco-c-Chris-Bourgue

La Croisée des arts
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