Lu par ZibelineAngélique Ionatos au MuCEM, à propos d’Odysséas Elytis

Pour une métaphysique de la lumière

Angélique Ionatos au MuCEM, à propos d’Odysséas Elytis - Zibeline

Dans le cadre du cycle de rencontres et débats du MuCEM Le grand livre des passages-Littératures, l’essayiste Thierry Fabre recevait à propos d’Odysséas Elytis (mort en 1996), la grande chanteuse grecque Angélique Ionatos qui vient de publier un volume bilingue, Le soleil sait / Une anthologie vagabonde. On y retrouve sa traduction d’un florilège de textes de celui qui affirmait dans son discours de réception au Prix Nobel en 1979 (et dont on entendra quelques extraits lors de la conférence), la poésie c’est « l’art de nous rapprocher de ce qui nous dépasse ». Angélique Ionatos, flamme tragique et bouleversante, dit puis chante le poète -quelle meilleure introduction que le contact avec non seulement les mots, mais les sonorités originales, la musicalité de la langue grecque !. L’œuvre du chantre de la lumière est ensuite évoquée, à travers ses textes (beaux duos entre Thierry Fabre et A. Ionatos), sa vie. Le caractère visionnaire est souligné avec force : « La Grèce est en train de se vendre […] », insiste A. Ionatos qui raconte l’histoire de la petite Anna que sa maman ne viendra pas chercher à l’école car elle n’a plus les moyens matériels pour l’élever*. Les poètes sont des prophètes, ce qu’Elytis écrit dans les années 50 est vrai aujourd’hui. Il parlait déjà des ennemis déguisés en amis qui sont venus… et rappelle dans Laconique que la vie « déclare à nouveau légitime l’Inespéré ». Applaudissements de la salle. Le lyrisme, la sensualité, la profondeur de ce chantre de la lumière sont mis en exergue : ce n’est pas un hasard si la philosophie est née en Grèce, la lumière y est métaphysique. C’est pourquoi Elytis disait aussi que le mystère n’est pas situé dans l’ombre, mais dans la lumière. La poésie est un art premier, on ne peut pas vivre sans elle, notre vie sans poésie serait insignifiante, déclare A. Ionatos citant Yannis Ritsos : « La poésie a inventé le monde mais le monde l’a oublié ». Se refusant à la mièvre tristesse, elle insiste sur la grandeur tragique qui sait faire de l’humour, mais exige aussi de l’humanité sa force de résistance. « Non, le Paradis n’était pas une nostalgie. Encore moins une récompense. C’était un droit. » (Le Petit Navigateur).

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2015

* journalzibeline.fr/critique/une-poetique-de-laction/

Le soleil sait, Une anthologie vagabonde, Odysseas Elytis, éditions Cheyne, collection D’une voix l’autre, 23€

La rencontre a eu lieu le 14 janvier au MuCEM, à Marseille

Photo : Angelique Ionatos © Angelique Ionatos

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