Ferzan Özpetek questionne la famille, le couple et l'amour dans une comédie dramatique à l'italienne

Pour toujoursVu par Zibeline

• 9 février 2022⇒16 février 2022 •
Ferzan Özpetek questionne la famille, le couple et l'amour dans une comédie dramatique à l'italienne - Zibeline

Pour toujours est le titre français du dernier film du réalisateur turco-italien Ferzan Özpetek. L’expression si facilement lancée dans le feu de la passion, sonne comme un vœu pieux oublié, une illusion perdue, une formule édulcorée -un tantinet ridicule, quand le temps assassin ayant fait ses basses œuvres, rien n’est plus comme avant dans un couple. Pourtant au Sanctuaire romain Fortuna Primigenia, La Déesse Fortuna (La Dea Fortuna est le titre original du film) possède un secret : il suffit de regarder l’être aimé fixement, voler son image, cligner des yeux très fort et les garder fermés. L’être aimé plonge alors directement dans votre cœur et y reste avec vous pour toujours.

Arturo et Alessandro se sont connus à la porte de ce lieu sacré, sont tombés amoureux et vivent ensemble depuis 15 ans dans un immeuble de la Capitale où les voisins constituent une communauté dans laquelle on s’accepte les uns les autres, on fait la fête sur les terrasses romaines et on s’entraide. Une transsexuelle, une célibataire endurcie, un couple hétéro dans lequel le mari souffre d’amnésie : des choix ou des hasards de vie, des configurations affectives et sexuelles à géométrie variable, à deux trois, quatre ou tout seul. Une utopie qui tourne court car rien ne va plus pour Arturo (Stefano Accorsi) et Alessandro (Edoardo Leo). Reproches, adultère. C’est l’heure de la relecture de l’histoire amoureuse, de sa remise en question, de la résurgence des anciens griefs. C’est dans cette période de crise qu’Annamaria (Jasmine Trinca), meilleure amie d’Alessandro, débarque avec ses deux enfants. Elle doit être hospitalisée et les leur confie. Le couple gay en phase de séparation, qui n’avait aucun désir d’enfant, se trouve impliqué dans une parentalité qui, après péripéties et soubresauts, élargira leur amour.

Pour toujours est bien un film sentimental assumé jusque dans sa bande son, émaillée de chansons d’amour bouleversantes. Viente Anos interprétée par la toute jeune Nora (Isaac et Nora) ou Luna Diamante (Mina et Ivano Fossati), chantée dans son intégralité. Ou encore Che vita meravigliosa dont le texte signé Diodato évoque un être humain perdu dans la mer de la vie, entre la séduction des sirènes et l’aspiration d’un ancrage au port.

C’est aussi un film sur les familles. Famille honnie et fuie, noble et traumatique, comme celle d’Annamaria dans une Sicile aristocratique et morbide. Ou famille choisie, revendiquée, fondée sur l’amour, l’amitié et la solidarité. Les deux mises en opposition dès les premières séquences. Intérieur jour en clair-obscur contre Extérieur jour saturé de couleurs. Plan séquence intrusif, pénétrant un palais plongé dans la pénombre, filant sur des personnages à tête de mort, peints sur les murs, jusqu’à une armoire cadenassée d’où jaillissent des cris d’enfants. Et sans transition, caméra à l’épaule ou iPhone en mode vidéo, le tourbillon d’une fête de mariage.

Le casting -les acteurs principaux ont tous été primés pour leur interprétation- contribue au charme indéniable de ce long-métrage, entre drame et comédie, qui célèbre, au-delà de leur versatilité, une permanence des sentiments. À jamais, à toujours. C’est la Déesse qui le dit.

ELISE PADOVANI
Janvier 2022

Pour toujours de Ferzan Özpetek sort le 9 février (1h55)

Photo © Destiny Films